Mais la stratégie ne se joue pas, comme aux échecs, avec des pions de valeur constante et définie. Ses solutions sont l’analogue d’une cuisine qui devrait marier des ingrédients en constante transformation. C’est qu’en effet la guerre – ou la lutte – emploie des forces matérielles qui sont fonction de l’outillage matériel de l’époque et des forces morales. Celles-ci dépendent étroitement des idées qui dominent la civilisation du moment. Il en résulte que la stratégie est une invention perpétuelle fondée sur des hypothèses qu’il faudra expérimenter en pleine action et où les erreurs d’appréciation se paieront durement par la défaite. C’est là que gît la difficulté la plus grande de la stratégie, surtout dans les époques d’évolution rapide, comme c’est le cas actuellement.