Le véritable défi actuel de l’innovation ne consiste pas à accélérer l’automatisation numérique et la collecte des données, mais à ouvrir de nouvelles possibilités de réflexion et de délibération : les technologies numériques ne devraient pas servir à exacerber les comportements de consommation de foules mimétiques, mais devenir des supports d’intelligence collective, permettant aux esprits de se rencontrer et de s’individuer, à travers des projets communs et singuliers. Les algorithmes ne devraient pas servir à simuler les capacités de langage ou de conversation des agents, mais permettre l’expression et la confrontation de points de vue diversifiés, l’interprétation des contenus et les débats argumentés. C’est à cette condition seulement qu’un espace public numérique pourrait émerger, comme le proposent aujourd’hui de nombreux chercheurs et de nombreux citoyens, conscients de la nécessité de dépasser l’alternative entre le modèle du capitalisme de surveillance américain et le modèle du crédit social chinois, tous deux fondés sur la collecte massive des données personnelles.