Tout art et toute technique support un apprentissage et une éducation : une formation des corps et des cerveaux vivants, qui passe par l’acquisition de dispositions corporelles (visuelles, sonores, manuelles, cérébrales) et la pratique de supports matériels (tablettes de cire, parchemins, livres imprimés, écrans d’ordinateur, logiciels de traitement de texte, etc.)
Si les savoirs, les cultures et les pratiques des supports mnémotechniques ne sont pas transmis et partagés au sein d’institutions collectives vouées à cet effet, autrement dit, si les individus ne comprennent pas et ne peuvent pas pratiquer les milieux techno-symboliques par lesquels il sont entourés, les esprits ne peuvent plus circuler. Par exemple, le fait de peindre et de connaître l’histoire de l’art permet de mieux déchiffrer un tableau, le fait d’avoir appris à écrire et d’avoir lu beaucoup de livres aide à comprendre un texte littéraire, le fait d’avoir pratiqué un appareil photo et de connaître l’histoire de la photographie enrichit le regard porté sur une photographie, le fait de s’être exercé aux techniques de captation et de montage et d’avoir fréquenté des salles de cinéma enrichit la compréhension d’un film cinématographique, etc. Même si les contenus symboliques véhiculés par ces différents supports peuvent être saisis par un récepteur qui n’aurait jamais pratiqué ces technologies, le spectateur qui pratique la peinture, la photographie ou le cinéma verra des choses tout à fait différentes dans le tableau, la photo ou le film qu’il regardera. La pratique technique transforme les capacités réceptrices.