Pourquoi

Q006 | Quels retours sur investissement espérer pour un dispositif de prospective ?

Lorsque vous allez initier votre dispositif de prospective, deux situations peuvent se présenter. Soit c’est vous qui êtes à la base de cette initiative; soit vous vous trouvez à la tête d’un projet décidé par votre hiérarchie. Dans un cas comme dans l’autre, on ne décide pas de construire un tel dispositif sans avoir une idée, soit-elle précise ou vague, de ce que l’on souhaite obtenir. 

Tôt ou tard, vous serez confronté à la notion de “retour sur investissement”. Contrairement à un produit physique où une marge économique peut être aisément déduite entre prix de vente et coût de production, le(s) retour(s) sur investissement pour un dispositif de prospective n’est souvent pas immédiat pour toute le monde. Ils peuvent être également de différentes natures.

Voici ci-après différents éléments sur lesquels vous pouvez baser vos réponses et qui vous aideront peut-être également à orienter les activités de votre dispositif.

Le court terme (jours-semaines)

rapporte déjà une …

  • Remise en cause des pratiques actuelles
    • Évaluation rigoureuse des sources d’information utilisées.
    • Depuis quand considérons-nous ces sources ? Existe-t-il des alternatives ? M’apportent-elles l’ouverture d’esprit recherchée ?
    • Optimisation des ressources « conférences et salons »
      Ne serait-il pas opportun de fréquenter une conférence d’un domaine connexe au mien ?
  • Rationalisation des pratiques
    • Chaque individu de l’organisation a un rôle à jouer dans le dispositif. Il sera soit capteur, exploitant, utilisateur, animateur, etc.). Mentionner cette “fonction” dans les buts annuels permet de créer un dispositif prospectif à l’échelle de l’organisation!
    • Mise en commun des sources orales (experts, fournisseurs, …). Chaque information pertinente glanée lors de discussion informelles peut être centralisée et mise à disposition de tous.
  • Réactivité supérieure pour répondre ou lancer des appels d’offre
    • La mise en place d’un programme de prospective technologique et le déploiement de ses activités doit permettre à l’organisation hôte de gérer plus efficacement les produits et les flux d’information relatifs aux changements, transformations et ruptures potentiels à venir. Ainsi équipée, l’organisation sera plus apte à anticiper le lancement d’appels d’offres destinés à acquérir ou fournir des nouvelles technologies jugées critiques pour l’avenir.

Les retombées à moyen terme (semaines-mois)

  • Détection plus systématique des opportunités. De nouvelles façons de penser, de nouveaux processus permettent de tisser des liens entre des éléments que rien ne connecterait a priori.

  • Réduction des risques liée à la non identification de menaces. En étant plus attentifs aux signaux faibles, les opportunités et les menaces sont visibles.

  • Meilleur échange d’information. Les informations deviennent complémentaires et non des éléments de pouvoir.

  • Meilleure exploitation des informations. Le processus de flux d’informations est organisé de façon à ce que tout le monde y ait accès. Les informations entreront en résonance avec les bonnes personnes.

  • Collecte d’information plus sélective. En ayant une vue plus large et une meilleure compréhension de certaines situations, certaines dynamiques, certains développements, on devient plus critique, plus précis dans ce qui est “nouveau”, bref, petit à petit, plus aguerri à l’identification des “signaux faibles”.

  • Nouvelles façons de penser, insertion dans un réseau de prospectivistes.
    En maintenant le contact avec ces nouvelles façon de penser, de faire, parfois provocatrices et farfelues, vous restez alerte et sur le qui-vive, loin de vous endormir sur vos lauriers.

Retombées à long terme (mois-années)

  • Repositionnement de l’entreprise. Anticiper des besoins pour valoriser un savoir faire et une expertise dans de nouveaux produits et services, c’est le risque encouru à développer un dispositif de prospective.

     

  • Culture d’anticipation présente au sein de l’entreprise. L’anticipation allant bien souvent de paire avec l’innovation, vous contribuez à rendre votre organisation intellectuellement résiliente. Produits et services suivront.

En ne faisant PAS de prospective, on ouvre également la porte à certains risques:

  • Gaspiller ses ressources financières par une mauvaise orientation de la R&D. On développe linéairement à la place de se réinventer transversalement (le cas de Kodak qui améliore toujours plus la photographique analogique à la place de se préoccuper du digital ou Nokia qui poursuit une ligne de téléphone donné sans anticiper l’intégration de nouvelles fonctions voir de tout un écosystème telle que réalisé par Apple).

  • Développer un produit menacé par une nouvelle norme (environnementale, légale, etc)

  • Perdre des parts de marché, face à un produit de substitution que l’on n’a pas vu venir, que l’on n’a pas réussi à anticiper. Attention, le fait d’avoir une entité de prospective n’est pas une garantie d’apporter de nouveaux produits gagnants sur le marché, mais au moins vous restez sur vos gardes et anticipez de nouvelles idées, de nouvelles tendances.
Une fois les retours sur investissement déterminés, il reste à définir comment mesurer ceux-ci!
Quentin Ladetto

Responsable du dispositif de prospective technologique connu sous le nom de deftech - defence future technologies - au sein d'armasuisse Science et Technologies, Quentin Ladetto, alias “Q”, a créé cette entité et la pilote depuis 2013. Quentin est le co-fondateur, ensemble avec Thomas Gauthier, de l'atelierdesfuturs.org ainsi que de l'association Futurs

Recent Posts

Q206 | Que nous apprend la fenêtre d’Overton en prospective ?

Si le contexte n’est pas nécessairement politique, le concept d’une fenêtre qui change de taille…

5 jours ago

Q204 | La «conscience partagée» comme facteur décisif pour la «prévision et l’adaptation»

Capitaliser sur les enseignements tirés des projets antérieurs : L'objectif de cet article est de…

4 semaines ago

#43 Jorgen Randers | Gouverner le long terme

Jorgen Randers est un universitaire norvégien, professeur émérite de stratégie climatique à la BI Norwegian…

1 mois ago

Q203 | Comment la prospective enrichit-elle les processus d’innovation dans les organisations ?

La rapidité et la complexité accrues de l'environnement économique et international exigent des organisations qu’elles…

1 mois ago

#42 Nathanaël Wallenhorst | Eduquer en Anthropocène

Nathanaël Wallenhorst est professeur à la faculté d'éducation de l'Université catholique de l'Ouest. Menant sa…

1 mois ago