Le changement climatique, l’érosion de la biodiversité, les tensions sur les ressources, les ruptures géopolitiques et les transformations sociales ne sont plus des éléments de décor. Ils redessinent les conditions mêmes dans lesquelles les organisations décident, innovent, produisent, coopèrent et se transforment.
Futurs Alternatifs est un dispositif pédagogique conçu en 2018 à emlyon business school pour aider les étudiants, les enseignants-chercheurs et les organisations apprenantes à explorer ces transformations autrement. Non pas en cherchant à prédire l’avenir, mais en apprenant à pluraliser les futurs, à rendre visibles les angles morts stratégiques et à identifier des marges d’action dès aujourd’hui.
Le principe : une organisation réelle, des étudiants, plusieurs futurs possibles
Chaque organisation apprenante propose aux étudiants un cas réel et leur présente ses ambitions, ses activités, ses parties prenantes, ses projets, ses vulnérabilités et ses interrogations. Les étudiants ne jouent pas le rôle de consultants chargés de confirmer une stratégie existante. Ils apprennent à déplacer le regard.
Leur mission consiste à interroger la vision du monde de l’organisation, à enquêter sur les forces de changement déjà à l’œuvre dans son environnement, à imaginer plusieurs futurs possibles, puis à concevoir des expériences immersives permettant aux représentants de l’organisation de se projeter dans ces futurs.
L’enjeu est simple : aider les organisations à voir ce qu’elles ne voient pas encore, à discuter ce qu’elles préfèrent parfois taire, et à transformer l’exploration des futurs en capacité de décision et d’action hic et nunc.
Un parcours en quatre temps
Le dispositif s’organise autour de quatre apprentissages complémentaires.
D’abord, les étudiants apprennent à analyser la vision du monde d’une organisation : ses hypothèses implicites, ses récits dominants, ses manières de nommer les problèmes et de hiérarchiser les priorités.
Ils mènent ensuite une enquête en Anthropocène afin d’identifier des forces de changement et des acteurs critiques susceptibles de transformer l’environnement de l’organisation.
Ils passent alors à l’écriture de scénarios de futurs possibles: des récits plausibles, contrastés, parfois inconfortables, qui mettent à l’épreuve les choix actuels de l’organisation et révèlent de nouvelles manières d’agir.
Enfin, ils conçoivent des formes d’immersion pour faire l’expérience des futurs : des personnages, des décors, des objets et des situations mises en scène destinés à provoquer une conversation stratégique plus vivante, plus concrète et plus exigeante.
Ce que reçoit une organisation apprenante
Participer aux Futurs Alternatifs, c’est accepter de devenir un terrain d’apprentissage et de transformation.
L’organisation bénéficie d’un regard extérieur structuré sur sa vision du monde, d’une enquête sur les forces de changement qui peuvent affecter son avenir – mais auxquelles elle ne prête pas suffisamment attention -, de plusieurs scénarios prospectifs, et d’une mise en discussion de ses marges d’action dans un monde fluctuant et contraint.
Elle rejoint aussi un réseau d’acteurs qui acceptent de travailler avec des étudiants et des enseignants-chercheurs pour co-construire une nouvelle “grammaire” stratégique au service de la prospérité des organisations et de l’habitabilité de la Terre. Cette ambition est développée dans l’article « Pluraliser le futur pour gouverner l’entreprise en Anthropocène » et dans la tribune « Pourquoi les organisations doivent se méfier des scénarios positifs ».
Ce que peuvent en faire les enseignants-chercheurs
Futurs Alternatifs est aussi un dispositif transmissible. Les articles publiés sur l’Atelier des Futurs documentent le parcours, les intentions pédagogiques, les supports mobilisables et les points d’attention pour celles et ceux qui souhaitent déployer un atelier de prospective dans leur propre établissement ou avec leurs propres partenaires.
Le dispositif peut nourrir des enseignements en stratégie, prospective, transition écologique, innovation responsable, design fiction, leadership ou transformation des organisations. Il peut également ouvrir des terrains de recherche sur la littératie des futurs, les organisations apprenantes, la pédagogie en Anthropocène et les nouvelles formes de coopération entre chercheurs, étudiants et praticiens.
Pour prolonger cette réflexion, lire aussi « Developing futures-literate students », « When strategic foresight meets planetary boundaries » et « Why corporate strategy must become collective in the face of planetary boundaries ».
Pourquoi participer ?
Parce que les organisations ont besoin de nouveaux espaces pour penser autrement leurs responsabilités, leurs dépendances, leurs vulnérabilités et leurs choix.
Parce que les étudiants ont besoin d’apprendre à travailler sur des situations réelles, avec des organisations réelles, dans un monde où les réponses toutes faites ne suffisent plus.
Parce que la prospective n’est pas seulement un exercice d’imagination. Elle doit devenir une pratique collective de lucidité, de responsabilité et de transformation.
Sur ce point, voir notamment « Faire l’expérience des futurs pour éviter les écueils de la sociétalisation », « Décideurs, managers et chercheurs doivent travailler ensemble », et la vidéo FNEGE sur le principe responsabilité.
Devenir organisation apprenante ou déployer le dispositif
Vous représentez une entreprise, une association, une collectivité, une institution publique ou une organisation en transformation ? Vous pouvez proposer un cas réel aux étudiants et engager votre organisation dans une exploration exigeante de ses futurs possibles.
Vous êtes enseignant-chercheur et souhaitez vous approprier le dispositif ? Les ressources publiées sur l’Atelier des Futurs sont conçues pour faciliter l’adaptation du parcours à d’autres contextes pédagogiques.
Futurs Alternatifs n’invite pas à choisir un futur. Il invite à apprendre à agir lorsque plusieurs futurs deviennent possibles, y compris ceux que l’on n’avait pas envie d’imaginer, et que d’autres ne le sont plus.