
Q320 · Les cases aveugles : la prospective des crises face à l’inconnu
Toute prospective porte en elle une part d’aveuglement. Non parce qu’elle manquerait d’informations, mais parce qu’elle repose sur des cadres d’interprétation qui sélectionnent et hiérarchisent le réel. Anticiper les crises du futur consiste toujours à travailler à partir d’un récit implicite : un ensemble de causalités jugées plausibles, de vulnérabilités considérées comme pertinentes.

Technoviste
Le technoviste regarde la technologie comme un phénomène vivant. Il en suit les frémissements, les hésitations, les bifurcations. Il observe ce qui naît, ce qui

Algoranto
L’algoranto est une langue universelle née de la traduction automatique généralisée sur les plateformes numériques. L’algoranto dispose d’un vocabulaire simplifié, standardisé et optimisé pour les

Chatrapie
La chatrapie est une thérapie effectuée par des intelligences artificielles conversationnelles comme ChatGPT ou Claude.
Les certitudes réconfortent, mais c’est en doutant qu’on apprend.
Il faut porter encore en soi un chaos pour pouvoir mettre au monde une étoile dansante.
Lorsqu’on écrit, on se figure couramment que résister revient à argumenter. Ça n’a jamais suffi. Résister n’est pas davantage émouvoir, alerter ou faire peur. résister consiste à ressusciter le désir.
Jadis le duc Wu de Zheng désirait attaquer Hu. En conséquence, il commença par marier sa fille au prince de Hu « pour tourner la pensée de celui-ci vers les plaisirs ». Son grand officier, Guan Qisi, lui répondit : « Hu peut être attaqué. » Le duc Wu se mit en colère et le fit mettre à mort en disant : « Hu est un pays frère. Me conseiller de l’attaquer, y pensez-vous? » « En entendant parler, le prince de Hu crut que Zheng était bien intentionné à son égard. Aussi ne se prémunit-il pas. Les hommes de Zheng l’attaquèrent soudain et prirent la principauté. »
Je ne critique pas la technologie qu’on nous offre parce qu’elle serait inerte ou stupide, non responsive ou robotisante. Je la critique parce qu’elle nous dévitalise en nous donnant l’illusion de faire plus de choses… qu’on fait pourtant moins bien. Je la critique parce que j’ai la conviction que ce qui a forgé la noblesse de notre humanité a tenu à cette confrontation constante (que nous n’avions jamais esquivée jusqu’à peu) avec l’altérité : l’altérité du minéral et des formes de vie, si multiples, celle de l’étranger qu’on apprivoise et du phénomène inconnu qu’on va finir par décrypter, l’altérité radicale de la mort, du dehors, et de l’incompréhensible.
Pour Sapiens, l’espace fertile n’est ni l’intérieur, ni l’extérieur : il est cette lisière tremblée où l’on s’élève en se confrontant à ce qui n’est pas nous et que j’aime à appeler : l’altérieur. L’altérieur est la ligne de touche de la science-friction. Il est l’hétérotopie native, le lieu où, si l’on écrit de l’imaginaire, il faut aller porter ses personnages pour les mettre au monde ; le lieu où, si l’on prétend vivre une vie qui mérite d’être vécue, alros il s’agit d’oser bivouaquer. Aux antipodes, notre modernité technique est l’empire de l’identique. Home est son biotope. Elle a fermé la porte et allumé les lumières. Elle a mis sous nos fesses des sofas et sous nos narines, à sniffer, la poudre blanche de la digitaline. Tout est contenu et appli, tout somme réplique et copie, du pareil au mime, et puis du mime au même, et puis du même au mème.







