Extraits

s'inspirer pour mieux imaginer

Notre environnement est composé de trois types de systèmes:

  1. Ceux gouvernés par la prédiction
    • la distribution d’événements est connue en théorie et a priori
    • exemple: le lancer de dés
  2. Ceux gouvernés par le risque
    • la distribution d’événement est connue empiriquement donc a posteriori, en observant les tirages au cours du temps
    • exemple: vol de voitures
  3. Ceux gouvernés par l’incertitude
    • la nature des événements n’est pas connue a priori et leur distribution ne peut donc pas l’être
    • exemple: marché émergent, révolution, tout événement inédit

(expliquant la théorie de Frank Knight dans «Risk, Uncertainty and Profit» – 1921)

Philippe Silberzahn
Bienvenue en incertitude, 2018

[…] Puisque la façon dont on voit le monde est le reflet de son identité individuelle et collective, on ne peut pas penser la complexité de celui-ci à partir d’un corps social homogène sans quoi on s’expose à des surprises douloureuses. Il faut donc […] induire des mécanismes permettant aux opinions divergentes constructives de s’exprimer. C’est la meilleure protection contre les cygnes noirs. […]

La conversation stratégique considère l’ensemble, pas le sommet; elle est démocratiques, pas élitiste; elle s’inscrit dans un flux, pas dans un calcul a priori; elle accueille les surprises, elle ne les évite pas.

Une condition de la réussite de la conversation stratégique est de rendre ses hypothèses et croyances explicites, et de les revisiter régulièrement pour les tester et voir si elle sont encore valables.

Philippe Silberzahn
Bienvenue en incertitude, 2018

Le domaine du risque est celui des situations répétées à l’identique. C’est le domaine où prévaut une logique d’optimisation des moyens et des préexistences des buts. Le paradigme est celui de la décision comme choix parmi des options possibles, où l’on distingue la décision de la mise en oeuvre dans un environnement considéré comme largement exogène. C’est le domaine cartésien par excellence.

Le domaine de l’incertitude est celui des situations uniques et inédites. C’est le domaine où prévaut une logique de créativité et d’endogénéité des buts. Le paradigme est celui de la décision comme la construction créative d’un avenir désirable, où la décision et l’action fusionnent dans l’action créative.

Philippe Silberzahn
Bienvenue en incertitude, 2018

[…] la superposition quantique des états laisse ouverte la possibilité de faire un choix différent de celui que l’on avait initialement envisagé de faire, au moment même où l’on décide de le mettre en oeuvre: passer de l’acte (choisir) a modifié la préférence initiale !

Philippe Silberzahn
Bienvenue en incertitude, 2018

L’incertitude est résolue non pas par une technique particulière, un meilleur accès à l’information ou par des qualités qui leur sont propres, mais par une approche qui consiste à créer le futur. Nous ne sommes plus en situation de blocage de type «Nous avons besoin de la prédiction or elle ne fonctionne pas»; nous sommes désormais dans «La prédiction ne fonctionne pas mais ce n’est pas grave car nous n’en avons pas besoin».

Philippe Silberzahn
Bienvenue en incertitude, 2018

Face à l’incertain et au brouillard de l’action, c’est moins de puissance cérébrale que de sagesse dont on a besoin, et la sagesse ne peut s’acquérir que sur le terrain à partir d’une posture d’humilité malheureusement peu commune chez les esprits supérieurs.

Philippe Silberzahn
Bienvenue en incertitude, 2018

Il est illusoire de pouvoir décrire et comprendre un système à partir des données quantitatives. Il est encore plus illusoire de penser qu’on peut en prédire l’évolution.

Philippe Silberzahn
Bienvenue en incertitude, 2018, P. 154

On voit que même une approche purement quantitative d’un problème n’en n’est pas nécessairement objective pour autant: on n’élimine pas la dimension subjective, on ne peut pas séparer les «faits» et l’identité de celui qui les choisit.

Philippe Silberzahn
Bienvenue en incertitude, 2018

Il devient de plus en plus difficile de gérer directement les situations et de régler les problèmes, car il es impossible de remonter la ligne de causalité. La cause de B n’est pas juste A, mais aussi D, E et peut-être F et parfois G. H joue également un rôle, mais nous ne le savons pas. Et cela évolue dans le temps. Le temps que nous le déterminions, il sera trop tard.

Philippe Silberzahn & Béatrice Rousset
Stratégie Modèle Mental, 2020

Parfois, il faut savoir agir avant de penser, parce que sinon, vos modèles mentaux vous rattrapent et vous enferment dans vos automatismes. En incertitude, agir permet de découvrir des choses cachées que seul l’action révèle.

Philippe Silberzahn & Béatrice Rousset
Stratégie Modèle Mental, 2020

Le modèle « pour faire grand, il faut viser grand d’entrée de jeu », si efficace dans des environnements stables, ne fonctionne plus et représente un risque énorme pour l’organisation: en se trompant, viser grand signifie échouer en grand!

Philippe Silberzahn & Béatrice Rousset
Stratégie Modèle Mental, 2020

Si une situation contient des possibilités, mais qu’elles sont hors de notre modèle [mental], c’est comme s’il n’y avait rien. Nous ne pouvons pas les percevoir. Elles sont hors de champ de vision.

Philippe Silberzahn & Béatrice Rousset
Stratégie Modèle Mental, 2020

Les modèles mentaux ce n’est pas le «à quoi je pense/nous pensons», c’est le «comment je pense/nous pensons», c’est-à-dire les hypothèses, les croyances et les valeurs individuelles et collectives que nous formons sur le monde qui nous entoure.

Ce sont des lunettes filtrantes; en langage plus savant, c’est un «cadre de référence».

Philippe Silberzahn & Béatrice Rousset
Stratégie Modèle Mental, 2020

Le changement radical n’est pas difficile parce que l’environnement extérieur est incompris ou invisible. Il est difficile lorsqu’il n’a pas de sens pour nous: il ne rentre pas dans notre modèle mental donc nous ne le considérons pas.

La question ne porte donc pas tant sur la nature des changements (big data, digital, intelligence artificielle, etc.) qui peuvent toujours être compris avec un effort suffisant, mais sur notre capacité à leur donner un sens.

Philippe Silberzahn & Béatrice Rousset
Stratégie Modèle Mental, 2020

— C’est la machine à téter qui fonctionne ! répondit mon docteur. Elle est de la force de cinq cents Normandes ! Vous comprenez bien, cher client que, depuis l’impôt sur le célibat, il a fallu inventer l’allaitement à vapeur !

Jules Verne
Une ville idéale

Puis, de tous côtés, c’étaient des machines de provenance américaine, portées aux dernières limites du progrès. À l’une on présentait un porc vivant, et il en sortait deux jambons, l’un d’York, l’autre de Westphalie !.. Celle-là dévorait un veau de trois ans et le reproduisait sous la double forme d’une blanquette fumante et d’une paire de bottines fraîchement cirées.

Jules Verne
Une ville idéale

On venait de primer les hommes gras — ainsi que cela se fait en Amérique dans tous les concours un peu sérieux. Le lauréat était tellement digne du prix qu’il avait fallu l’emporter avec une grue.

Jules Verne
Une ville idéale

Je lui livrai mon pouls avec résignation. Mon docteur tira de sa poche un petit instrument dont j’avais entendu tout récemment parler, et, l’appliquant à mon poignet, il obtint sur un papier préparé le diagramme de mes pulsations qu’il lut rapidement, comme un employé lit une dépêche télégraphique.

Jules Verne
Une ville idéale

Il ne manquerait plus qu’il ne fît casser une jambe ! Je finirais par en être de ma poche !

Jules Verne
Une ville idéale

— Des malades ! Est-ce que nous avons des malades depuis que les coutumes chinoises ont été adoptées en France ! C’est ici comme si vous étiez en Chine.
— En Chine ! Cela ne m’étonne pas !
— Oui ! Nos clients ne nous paient d’honoraires que pendant qu’ils sont bien portants ! Ne le sont-ils plus, la caisse est fermée ! Aussi, n’avons-nous pas d’intérêt à ce qu’ils tombent jamais malades ! Donc, plus d’épidémies, ou presque pas ! Partout des santés florissantes que nous entretenons avec un soin pieux, comme un fermier qui tient sa ferme en bon état !

Jules Verne
Une ville idéale

Je jetai un regard oblique sur la cathédrale… Le clocheton de l’aile droite était réparé, et la croix de l’immense flèche autrefois courbée sous les rafales de l’ouest, se redressait avec la rectitude d’un paratonnerre ! Je me précipitai sur la place du parvis !… Ce n’était plus un étroit cul-de-sac, avec de hideuses masures, mais une place large, profonde, régulière, bordée de belles maisons, et qui permettait de mettre à son point le superbe spécimen de l’art gothique au XIIIe siècle.

Jules Verne
Une ville idéale

Et les contre-allées, bitumées comme celles des Champs-Élysées de Paris, présentaient un sol agréable au pied ! Et il y avait de doubles bancs à dossier, entre chaque arbre !

Jules Verne
Une ville idéale

Est-ce que nous aurions maintenant des wagons chauffés, même quand il fait froid au mois d’octobre, contrairement aux dispositions réglementaires ? Est-ce que nous aurions des compartiments proprement époussetés ? Est-ce qu’on délivrerait des billets d’aller et retour, comme au bon temps, entre Amiens et Paris ?

Jules Verne
Une ville idéale

Le capitaine Nemo resta donc, puis il observa ces hommes jetés sans ressource sur une île déserte, mais il ne voulut point être vu. Peu à peu, quand il les vit honnêtes, énergiques, liés les uns aux autres par une amitié fraternelle, il s’intéressa à leurs efforts.

Jules Verne
L’île mystérieuse

Le progrès n’est point aux aérostats, citoyens ballonistes, il est aux appareils volants. L’oiseau vole, et ce n’est point un ballon, c’est une mécanique !

Jules Verne
Robur le conquérant
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