Transcript
Léger ronronnement d’une climatisation. Le clapotis apaisant d’une petite fontaine zen. Un léger tapotement sur un clavier
OSCAR (chuchotant presque)
C’est ça, la guerre du futur ? Ce grand open space tout vide… Ces gens qui sirotent un thé matcha devant leur écran… On se croirait dans une salle d’attente de dentiste ! Eleanor, tu es sûre d’avoir choisi le bon endroit pour parler de l’infiniment grand et de l’infiniment petit dans la défense ?
ELEANOR
Oscar, nous sommes dans un centre de commandement. Je comprends ton trouble. Pendant des millénaires, l’art de la guerre a reposé sur le gigantisme. Des armées de cent mille hommes qui s’affrontaient dans les plaines. Des cuirassés de soixante-dix mille tonnes qui dominaient les océans. Pour l’emporter, la règle était simple : il fallait être plus grand, plus lourd, plus nombreux.
OSCAR
C’est vrai que la donne a changé. Aujourd’hui, un petit drone à 500 euros peut pulvériser un char d’assaut à 8 millions. Un hacker en pyjama dans son canapé peut paralyser une armée entière.
ELEANOR
Exactement. Demain, la furtivité de l’infiniment petit remplacera totalement la lourdeur de l’infiniment grand.
OSCAR
Ce n’est pas si sûr. Je crois plutôt que la guerre de demain ne choisira pas une seule échelle. Elle va les fusionner, les mélanger…
Soudain, une explosion assourdissante, des tirs de lasers stridents traversent l’espace
OSCAR (sursautant)
Wow ! Qu’est-ce qui se passe ?
CLAUDE
Oups ! J’ai juste appuyé sur quelques boutons virtuels pour vous annoncer mon arrivée !
OSCAR
Tiens, revoilà notre rouge-gorge.
ELEANOR
Enfin, notre Cita, Créature Intelligente Transformable et Adaptable… comme il aime le préciser.
CLAUDE
Les chercheurs semblent moqueurs aujourd’hui ! Pour le dernier épisode de la série, je vous ai apporté quelques concepts qui vont totalement hybrider les échelles de la guerre.
OSCAR
C’est gentil. On t’écoute.
CLAUDE
Premier concept : le biosignal !
ELEANOR
Ah, je connais. Le biosignal, c’est un système qui croise la micro-biométrie et la macro-surveillance. Il relie l’infiniment petit de notre chimie corporelle à l’infiniment grand des satellites. Il analyse tout. Il prend en compte tant le niveau de cortisol ou du rythme cardiaque d’un individu que les mouvements de foule et les flux financiers mondiaux. … Oscar, cela n’a pas l’air de te plaire ?
OSCAR
Je t’avoue que je ne suis pas sûr de visualiser.
ELEANOR
Enfile ce casque virtuel. Voilà. Maintenant, tourne la tête. Tu vois ces douze individus ?
OSCAR
C’est fou, c’est comme s’ils étaient dans la pièce avec nous… Ils sont attachés avec des chaînes ?
ELEANOR
Ces personnes préparaient une attaque depuis huit mois. Sais-tu comment elles ont été repérées ?
OSCAR
Non.
ELEANOR
Une IA a détecté que leurs pics d’adrénaline étaient parfaitement synchronisés. Les satellites ont montré qu’ils effectuaient tous en même temps des déplacements, ce qui a paru suspects.
OSCAR
C’est fou ! En croisant les données venant de l’infiniment petit et l’infiniment grand, plus rien n’échappe aux machines…
Oh, je vole ! Le décor change. C’est génial… Je survole l’océan, maintenant.
Claude
Je vous emmène visiter un mégaporte.
ELEANOR
Le mégaporte ! Une gigantesque plateforme militaire navale, conçue pour héberger et coordonner des microsystèmes autonomes.
CLAUDE
Bref, c’est une nurserie pour armes miniatures !
OSCAR
OK Je suis arrivé… Je vois la scène.
Un commandant fixe son écran radar.
Des missiles foncent droit sur son navire.
Une opératrice hurle : « Impact dans 30 secondes ! ». Et Le commandant répond calmement : « Libérez l’essaim ».
Incroyable…
Maintenant , Des millions de nanodrones sortent du navire comme un nuage noir. Ils foncent vers les missiles. Et les font tomber à l’eau les uns après les autres. Ca y est, Le silence revient.
L’opératrice annonce : « Perte de quarante mille unités ».
Le commandant conclut : « Négligeable. Lancez l’impression 3D de la prochaine cuvée ».
ELEANOR
Ça va, Oscar ?
OSCAR
Wow, C’est impressionnant. Mais pour les combats terrestres, j’imagine qu’on aura toujours besoin de bons gros chars d’assaut bien lourds, avec des blindages immenses pour tenir une position, non ?
CLAUDE
Non, pas avec le fluxblindé !
ELEANOR
Le fluxblindé est un véhicule autonome capable de passer d’un état solide à un état dispersé.
OSCAR
Tu peux m’en dire un peu plus.
ELEANOR
Qu’est-ce que tu vois dans ton viseur ?
OSCAR
Je vois un blindé de 40 tonnes. Vu sa taille, impossible de le rater.
ELEANOR
Tire.
Tir de gros calibre, suivi d’un bruit de souffle léger, comme du sable dispersé par le vent.
OSCAR
Le char s’est évaporé ! Il n’a pas explosé, il a tout simplement disparu. Oh, attends… J’entends un bourdonnement. Il y a un nuage qui se reforme. Le char est de nouveau là, intact !
ELEANOR
C’est un fluxblindé. Ton obus n’a rien touché. Il a traversé cinq milliards de microrobots magnétiques de trois millimètres. Face à ton projectile, un satellite a ordonné la dispersion du char en 0,4 seconde. Le danger passé, l’attraction magnétique a reformé le blindé en moins d’une seconde.
OSCAR
D’accord, ici l’infiniment petit gagne sur le terrain physique. Mais stratégiquement, ce sont toujours d’immenses intelligences artificielles et des milliards de données qui dirigent tout ça. L’infiniment grand reste le véritable maître du jeu.
ELEANOR
Pas si sûr. Un individu totalement isolé peut suffire à tromper ces intelligences artificielles colossales. Il suffit de modifier un détail invisible à l’œil nu.
CLAUDE
En parlant de détail j’ai dans mon bec le datavenin ! il agit en effectuant un empoisonnement microscopique des algorithmes de reconnaissance militaire.
ELEANOR
Oscar, regarde sur ta droite.
OSCAR
Il y a une femme.
ELEANOR
C’est une Générale.
OSCAR
Je l’entends… Elle dit qu’elle vient de repérer cinq cents blindés ennemis camouflés dans les dunes du sud. Elle ordonne de tirer. Le ciel s’embrase. Des milliards d’euros de munitions pleuvent sur la zone.
Grondements d’explosions lointaines
OSCAR
La poussière retombe. Les drones survolent la zone et… c’est totalement vide ! Il n’y a qu’un désert troué de cratères fumants. Les chars se sont encore évaporés ? Décidément, on rejoue toujours la même histoire.
ELEANOR
Non, dans ce cas ils n’ont jamais existé. Un hacker a modifié la teinte de douze pixels sur les images satellites.
OSCAR
Douze pixels ? Mais c’est microscopique !
ELEANOR
Exactement. Pour l’œil humain, l’image montrait toujours du sable. Mais pour l’intelligence artificielle, ces douze pixels formaient la signature visuelle d’une division blindée entière.
OSCAR
Un acte infiniment petit, mené par une seule personne, peut donc avoir raison d’une grande puissance.
ELEANOR
Oui, demain, à cause de l’hyperconnexion planétaire, une menace ultra-localisée pourra provoquer un effondrement global.
CLAUDE
C’est le moment de vous présenter le virascale ! Une réaction en chaîne qui peut transformer une micro-frappe tactique en paralysie mondiale.
ELEANOR
Oscar, qu’est-ce que tu vois maintenant ?
OSCAR
Je vois une lieutenante avec ses hommes. Au loin, on aperçoit des snipers équipés de casques optiques. Elle appuie sur un bouton. Ses hommes courent à découvert. Les snipers ne tirent pas, ils bougent dans tous les sens. Ils semblent totalement désorientés. C’est bizarre.
ELEANOR
La lieutenante a lancé un microvirus très ciblé qui les a rendus aveugles.
OSCAR
Belle opération tactique.
ELEANOR
Le problème, c’est que l’ordre est passé par une IA centrale. Et cette IA a cru bon de généraliser la demande pour anticiper d’autres menaces. Tous les porteurs de casques optiques connectés à ce réseau sont devenus aveugles. À la seconde même où les douze snipers ont été neutralisés, 140 000 soldats alliés ont subi le même court-circuit sur les cinq continents.
OSCAR
Tu veux dire que l’infiniment petit géographique vient de déclencher une catastrophe géopolitique mondiale.
ELEANOR
C’est le paradoxe de notre époque. En cherchant la toute-puissance grâce à la connexion globale, nous avons construit des colosses extrêmement vulnérables au moindre grain de sable numérique.
OSCAR
Ce qui m’inquiète, c’est que quand on joue avec les extrêmes, le soldat n’a plus vraiment sa place. Il est trop lourd, trop lent, pour un conflit qui se joue en millisecondes entre des supercalculateurs et des milliards de nanorobots.
ELEANOR
Tu as raison. Le courage, la peur, le sacrifice de soi… Tout cela n’a plus aucune prise sur un blindé qui se liquéfie ou une économie continentale qui s’effondre à cause d’une poignée d’octets.
OSCAR
Le soldat devient le simple otage biologique de ses propres technologies.
Geste vif, Oscar retire violemment son casque de réalité virtuelle. Il pousse un profond soupir.
ELEANOR
Qu’est-ce que tu fais ?
OSCAR
J’enlève ce casque. J’ai eu ma dose de futur pour aujourd’hui !
CLAUDE (avec humour)
Et voilà ! À la moindre difficulté, les chercheurs désertent le champ de bataille et me laissent tout seul pour monter la garde !.
Mais bon, je sais que vous attendez mes questions pour prolonger le débat. Alors, chers auditeurs, prenez des notes, c’est parti :
- Question un : Si la modification d’un seul pixel peut créer une armée fantôme, comment les stratèges feront-ils demain la différence entre la réalité physique et l’illusion générée par les algorithmes ?
- Question deux : Dans un monde hyperconnecté où l’on peut déclencher un conflit mondial en un simple clic, le concept de « conflit localisé » a-t-il encore le moindre sens ?
- Question trois : À force de déléguer notre survie à des nuées de robots microscopiques et à des intelligences globales invisibles, ne risquons-nous pas finalement d’être vaincus par nos propres outils d’optimisation ?
En tout cas Si j’étais vraiment un oiseau… Je crois que j’irais construire mon nid très, très loin des serveurs militaires !
Le livre
Plus que futur