Comment a débuté l’aventure ?
Matthieu : Tout est parti du site de l’Atelier des Futurs, sur lequel nous avions travaillé avec Quentin et Thomas. Seiko et moi nous partagions déjà les dessins depuis un moment ; dès lors, lorsqu’il s’est agi de tirer un ouvrage de toute cette expérience de prospective, c’est assez naturellement que Quentin nous a – très gentiment – proposé de participer à l’aventure. Et bien sûr, nous avons accepté avec enthousiasme.
Seiko : Matthieu a commencé par faire différents croquis, dans des styles très différents, en se basant sur quelques articles dont nous savions qu’ils figureraient dans le livre. Nous les avons soumis à l’équipe – Quentin, Thomas et Matthieu.
Parmi les options, il y avait l’idée de faire quelque chose de plus simple, un peu caricatural : des lettres, tout simplement, qui deviendraient des personnages pour Présent, Aujourd’hui, Demain et Futur. Puis, petit à petit, le travail s’est affiné jusqu’à l’état final, soit P pour Présent et F pour Futur, qui dialoguent ensemble.
Seiko : Les personnalités sont venues de ce que disaient les articles. D’un côté, un Présent qui s’interroge sur ce que sera demain, et qui questionne donc le Futur ; de l’autre, un Futur somme toute assez joyeux, positif peut-être, qui plutôt que de donner des réponses renvoie des questions au Présent, ou lui offre toujours un nombre incalculable de possibilités – à l’image de l’avenir, en somme.
Matthieu : Pour les couleurs, le but était surtout qu’on puisse facilement les différencier. Au départ, nous étions partis sur l’orange et le violet ; puis nous avons finalement opté pour le jaune – qui forme d’ailleurs avec le violet un vrai couple de complémentaires. L’essentiel était de pouvoir les distinguer d’un coup d’œil.
Matthieu : Comme l’a dit Seiko, c’est avant tout une question de simplicité. La distinction entre Présent et Aujourd’hui, ou entre Demain et Futur, compliquait davantage qu’elle n’aidait les lecteurs et lectrices à saisir le sujet d’un article ou d’un dessin. Or le rôle des dessins est aussi d’apporter une forme de légèreté au fil d’une lecture qui soulève parfois des questions assez exigeantes. Dès lors, nous avons préféré nous en tenir à deux figures, qui reviennent constamment.
Seiko : Sur le plan graphique, c’est assez simple : il s’agissait finalement d’un P et d’un F, et – nous l’avons dit – les couleurs suffisaient à les différencier. Ce sont bien plus les contextes des illustrations qui creusent la différence entre l’un et l’autre : ce qu’ils se disent, leurs échanges qu’ils ont. Bien souvent, c’est le Présent qui se montre inquiet ; le Futur, lui, sans renforcer cette inquiétude, lui rappelle que de nombreux possibles existent.
Matthieu : Les tâtonnements, à proprement parler, se sont surtout joués dans la toute première étape, celle des premiers croquis. Nous avons cherché un style qui nous convienne à tous les deux. L’idée était de garder une certaine cohérence entre nos dessins, tout en conservant un ton humoristique. Dès lors que P et F ont été fixés, les changements de design se sont faits beaucoup plus rares. Au fond, l’objectif était que l’on ne puisse pas savoir, autant que possible, qui avait fait quel dessin – qu’il n’y ait aucune différence entre le trait de Seiko et le mien.
Seiko : Plus que des débats, il s’agissait plutôt d’échanges assez rigolos. Parfois, nous lisions un article et les pistes qu’on nous proposait pour le dessin, et nous nous posions plusieurs questions : est-ce que ce sera compréhensible ? Est-ce que ce ne sera pas trop compliqué ? Est-ce que ce sera drôle ? Nous reprenions alors les questions et l’article pour voir comment mettre chaque thématique en images. Ensuite, comme l’a dit Matthieu, nous regardions qui avait le plus de facilité avec tel ou tel dessin. Pour donner un exemple, s’il y avait des rouages, c’était plutôt pour moi – j’aime bien dessiner des rouages ; s’il y avait une salle de classe ou une armée, c’était Matthieu qui prenait le dessin.
Matthieu : Ils offrent d’abord une introduction visuelle à chaque article et à chaque thématique. Et puis, comme nous le disions tout à l’heure, ils apportent un peu de légèreté au milieu de toutes ces questions de prospective. Après tout, personne ne sait vraiment de quoi demain sera fait… alors autant parfois le prendre avec humour !
Seiko : Tout d’abord, un regard amical : nous les avons dessinés pendant des mois, si bien que nous avons presque l’impression de les connaître. Et petit à petit, le caractère de l’un et de l’autre ressort. En tant que dessinatrice, ce qui me frappe surtout, c’est la facilité avec laquelle, au bout d’un moment, on arrive à les dessiner, justement parce qu’on a l’impression de les connaître. On les imagine sans effort : se tiennent-ils droits ou sont-ils pliés ? Sont-ils inquiets, malheureux, en train de rire, en compétition ? Toutes ces émotions finissent par venir assez naturellement, à force de les dessiner.
Comment voyez-vous la suite des aventures de P et F ?
Matthieu : Tout d’abord, nous imaginons tout simplement une suite – et ce n’est pas rien de le dire. Présent et Futur vont évidemment continuer à dialoguer. C’est un peu allégorique, mais il y a dans ces dessins quelque chose de très vrai : nous vivons le moment présent, nous nous inscrivons dans le présent, avec si possible toujours une vision. Peut-être la prospective sert-elle précisément à cela : se rappeler qu’il n’y a pas une seule vision, mais qu’on peut en avoir plusieurs, ce qui est somme toute assez sain lorsqu’on pense à l’avenir. Quelle sera la suite de leurs aventures en dessin et en publication ? Je ne le sais pas encore. En tant que personnages, en revanche, leur suite sera simplement la continuité de ce qu’ils ont vécu jusqu’ici dans le livre, une amitié qui permet d’avancer un peu plus sereinement.