À ce moment précis, vous devez vous poser la question : pourquoi le risotto ? La réponse se trouve dans l’article de Thomas, qui s’est mis à cultiver du riz alors qu’il aurait pu fournir des cannes à pêche et enseigner à pêcher.
Nous ne sommes pas à une métaphore près, et cela vous donne une idée de l’ambiance joviale et jazzy qui règne au sein de l’Atelier. Une fois la récolte de riz engrangée, il faut encore d’autres ingrédients et un bon timing pour la transformer en un délicieux plat.
La même chose est valable pour la prospective : la recette variera selon que vous souhaitez un riz cantonais ou un risotto alla milanese. Le type de riz aussi, tant qu’à faire ! Nous aurions donc pu rédiger un livre de cuisine, mais le hasard de la vie en a fait un livre dédié à la prospective ou, plus exactement, aux futurs.
Mais comment tout cela a-t-il commencé ?
Genèse d’une idée de livre
Je vous assure, Platon avait raison : l’idée du livre était bien présente avant son existence, et même avant notre mise en mouvement consciente pour lui donner vie. Nous l’avons raconté en détails : le site de l’Atelier aurait dû être, initialement, un livre. Mais là aussi, le hasard des discussions fit que ce fut d’abord un blog, puis un site, puis une communauté, puis une plateforme, puis… un livre ! Cela me rappelle notre premier échange avec Julien Duprat, génial fondateur de Esprit Collaboratifs produisant la non moins géniale plateforme de veille Curebot, qui cherchait le livre, convaincu que le site Internet en résultait. Eh bien non, nous avons inversé la charrue et les bœufs !
La proposition de livre vint indirectement d’ EPFL PRESS qui, à la suite du succès du précédent ouvrage de Thomas et de Vanessa Hanifa, « Prospective : Anticiper, décider et agir dans l’incertitude », demanda à Thomas si un nouveau tome pouvait être envisagé. Il n’en fallut pas beaucoup plus pour porter nos cerveaux à ébullition et lancer l’hypothèse d’un objet littéraire que nous souhaitions léger dans sa présentation, mais sérieux sur le fond. Nous avions également fait la connaissance des Editions 41, appartenant à EPFL PRESS qui permettait un format plus coloré que le manuel académique : toutes les conditions semblaient réunies pour nous lancer dans l’aventure. L’intention d’un travail collaboratif fut annoncée officiellement le 9 octobre 2024, lors de notre première rencontre communautaire… et tout le reste, serait-on tenté de dire, fait partie de l’histoire.
C’est vrai. Mais devant la feuille blanche, une infinité de directions s’offraient à nous, tant sur le fond que sur la forme. Le livre devait prolonger le site Internet et faire le lien avec la communauté qui avait vu le jour. Les questions que nous nous posions ressemblaient étrangement à celles du lancement du site, quatre ans auparavant… Alors pourquoi ne pas reconstituer la même équipe qu’en 2020 ? Nous savions que l’aventure serait conséquente et, forcément, bénévole. L’enthousiasme nous fit tout de même appeler Mattieu et Seiko : il fallut bien dix secondes pour les convaincre de reprendre les crayons et de ramer avec nous. Matthieu Gioani s’étant lui aussi proposé volontaire, sans avoir forcément mesuré la longueur de la traversée (« plus on est de fous, moins il y a de riz, mais plus on rit », pour rester dans notre thème culinaire), l’équipe se réunit le 27 février 2025 pour une première séance d’organisation, de coordination et de planification des efforts.
C’est durant cette rencontre que fut définie la structure des chapitres, reprise dans tout l’ouvrage. Nous avons également tenté un style d’illustration plus travaillé, avant de revenir rapidement et unanimement à notre intention initiale : une bande dessinée humoristique, colorée et souriante, en compagnie de P et F, nos amis Présent et Futur.
Recherche d’identité visuelle
Collaboratif, mais pas trop
À en croire nos connaissances, rédiger un livre à trois ou quatre auteurs est déjà un défi. Mais jamais le nombre de 127 n’avait été mentionné. C’est ce nombre improbable qui nous a quelque peu forcés à trouver une méthode adaptée.
Pour faire participer les membres de la communauté sans réunir 127 personnes autour de chaque virgule, nous avons choisi une façon de faire relativement simple. Nous avons d’abord construit la structure du livre en imaginant ses différentes parties. Pour chacune, nous avons défini les questions auxquelles nous souhaitions répondre, puis associé à chaque question les articles du site contenant des éléments de réponse. Le tout regroupé dans un fantastique tableau matriciel.
Chaque question s’est ensuite naturellement transformée en un chapitre organisé selon la même structure :
- Titre du chapitre
- Illustration principale
- Citation principale (pensée pour figurer avec le titre du chapitre et l’illustration principale)
- Citations secondaires (1 ou 2 en fonction de la nécessité de la mise en page)
- Une illustration d’un framework ou d’un concept avec légende
- Le chapô
- Le texte
- 1 témoignage
- Un QR code renvoyant à une page dédiée sur le site de l’Atelier, comprenant :
- Des éléments pour en savoir plus sur le thème traité
- Les articles originaux du site dont nous nous sommes inspirés, pour rendre aussi hommage à leurs autrices et auteurs
- Des liens vers les documents pertinents de la base de documents MIRU.
Cette structure était censée tenir sur quatre pages, pour obtenir un livre d’environ 240 pages. C’était le plan.
Une fois cette structure en place et l’accord d’ EPFL PRESS obtenu par l’intermédiaire de Lucas Giossi, il ne nous restait plus qu’à nous répartir les chapitres et à commencer la rédaction.
Et c’est ce que nous avons fait.
Une explosion structurée
Chacun avançait à son rythme, en dehors, naturellement, des heures de travail. La rédaction fut tout sauf un long fleuve tranquille. Entre famille, vacances, voyages, réunions, conférences et autres activités, beaucoup de pages furent rédigées dans le train, dans des chambres d’hôtel et à des heures où le commun des mortels se régénère !
Au fil des semaines, nous avons connu les premières surprises, toutes positives, heureusement ! Nous avions, par exemple, largement sous-estimé l’enthousiasme pour la rédaction de témoignages. Au début, nous nous faisions un peu de souci pour réunir les 57 nécessaires. Ce sont finalement plus d’une centaine qui nous sont parvenus.
Nous étions partis sur un accord oral d’une trentaine d’illustrations. Dès la finalisation de la structure, nous avions annoncé à Seiko et Matthieu qu’il en faudrait presque le double. Le résultat final dépasse les 100 dessins mettant en scène nos deux amis P et F, éléments promotionnels compris ! Je vous assure que là, si vous n’êtes pas en bons termes et passionnés par l’aventure, c’est compliqué. Nous avons exagéré, c’est vrai, mais cela semblait tellement logique et naturel que personne ne s’est plaint. Nous espérons que vous prendrez plaisir à découvrir les situations et les nombreux clins d’œil de P et F.
Mais nous avons exagéré.
Et pas que pour les illustrations. Car un témoignage, cela a de la valeur. Vous verrez que certains sont presque des chapitres additionnels, tant l’autrice ou l’auteur a mis du cœur à l’ouvrage. Très vite, nous avons donc pris l’initiative d’en adapter ou d’en réécrire certains afin de pouvoir tous les intégrer aux chapitres. Si la structure a bien été respectée, la limite de quatre pages a tout simplement volé en éclats. Le riz avait gonflé.
Bref, c’est un dossier très bien structuré que nous avons remis à EPFL PRESS le 5 janvier 2026. Il nous valut quelques louanges, mais aussi, un peu plus tard, l’emploi du mot « titanesque », qui nous laissa quelque peu préoccupés et songeurs.
Merci Lucas pour ta flexibilité !
La longue attente
Après plus d’une année de travail, remettre le manuscrit, c’est un peu comme rendre un travail de diplôme ou une thèse de doctorat… C’est remis. Et c’est le vide. Je vous rassure, nous avions tout de même passablement à faire dans nos activités professionnelles respectives, donc nous nous sommes vite remis.
Mais l’attente de la relecture a été longue. C’est le 7 mai 2026 que nous avons reçu des nouvelles, très détaillées, d’Antoine Derouin, chargé de notre ouvrage. Comme vous le deviniez peut-être, tout n’était pas parfait. Il a fallu nous replonger dans la matière et retrouver la logique que nous avions laissée de côté quatre mois plus tôt. Pas facile, mais nous n’avions pas le choix et, très honnêtement, ce fut un plaisir de travailler avec Antoine. Si les premiers messages étaient très formels, je suis prêt à parier qu’il s’est rapidement senti membre d’une équipe de joyeux lurons lui répondant à n’importe quelle heure de n’importe quel jour de la semaine. Heureusement que tout le monde a joué le jeu, cette fois encore, principalement durant les congés de mai et les vacances d’été !
Une fois le texte finalisé, du moins le croyions-nous, nous sommes passés à la mise en page. Anne Kummli fut rapidement embarquée, elle aussi, dans une série d’itérations incroyables. Il paraît qu’en temps normal, quelques allers-retours suffisent pour finaliser une mise en page. Mais toutes les équipes ne peuvent pas compter sur un professionnel du design comme Matthieu Gioani. Les suggestions, les fausses bonnes idées généralement le ma part, les bonnes idées et les idées finalement retenues fusèrent donc de part et d’autre pour aboutir à ce qui doit sortir d’impression prochainement. Enfin, presque : un changement de mise en page a encore dû être réalisé in extremis pour respecter les codes de la maison d’édition qui le publie. Et là aussi, le hasard fait bien les choses : la version finale finale est, à mon avis, bien mieux que la version simplement finale (sourire).
C’est donc finalement le 21 septembre 2026 que le document final est parti chez l’imprimeur.
Deux ans, plus ou moins, après les premières discussions. Six ans après les toutes premières. C’est apparemment une durée normale (les deux ans) ; mais que la course aux derniers détails nous a paru interminable ! Et cela en sachant pertinemment que quelques coquilles doivent encore se balader dans les pages. Nous avions bien prévu du riz, mais pas les petits cailloux, très petits soyons honnêtes.
D’un livre à un écosystème prospectif académique et pratique
Vous pensez que vous aurez entre les mains un simple livre sur la prospective ? Que nenni !
Ce que vous tiendrez, nous l’espérons, entre vos mains est en fait la clé d’un écosystème prospectif dont vous serez l’héroïne ou le héros. Laissez-nous vous en présenter les rouages.
D’abord, le livre vous révèle tout simplement l’existence d’une communauté dans laquelle vous êtes la bienvenue ou le bienvenu. Au fil des chapitres et grâce au renvoi sur des pages Internet dédiées, vous découvrirez les autrices et auteurs qui ont contribué au site et à l’ouvrage par leurs articles originaux.
La deuxième partie du livre reprend le parcours et la méthodologie du cours « Futurs alternatifs », mis sur pied par Thomas au sein d’emlyon. Le livre en est devenu le « manuel de référence ». Et, cerise sur le gâteau, le cours lui-même sera publié sur l’Atelier d’ici la parution officielle du livre en librairie, prévue pour le 19 novembre 2026. Afin d’ajouter encore un peu de kirsch au gâteau, la structure du livre, avec les liens vers les pages consacrées à ses chapitres, sera en libre accès dès sa parution.
Cela signifie qu’une personne qui, pour une raison ou une autre, ne peut pas se procurer le livre pourra tout de même accéder aux articles originaux et aux autres documents qui ont servi à sa rédaction. L’effort qu’a demandé la réalisation de l’ouvrage justifie pleinement son prix, mais nous tenions à ce que, d’une façon ou d’une autre, tous les ingrédients soient, eux, librement et gratuitement à disposition. Et pour la petite histoire, tous les coulissiers ont décidé à l’unanimité que les droits d’auteur provenant de la vente de l’ouvrage viendraient nourrir le fonds permettant au site et à la communauté de continuer à diffuser et à démocratiser la prospective..
Et vous savez la meilleure ? Le voyage fut tellement enrichissant et sympathique que l’on parlerait de remettre le couvert ! Personne n’en sait plus pour le moment. Mais puisqu’il est déjà mis, pourquoi ne pas commencer par savourer le risotto ?
Vous tenez dans les mains une des clés pour l’entrée dans un écosystème prospectif !