Q353 · Les coulisses du futur : Lâcher le riz ? Jamais… ou presque !

2 novembre 2026
4 mins de lecture
Le singe piégé et le sage lecteur

Pour finir cette série sur les coulisses des coulisses du futur, mon esprit facétieux m’incite à tisser à nouveau un lien avec la métaphore du riz.

J’emprunte ici l’expression du psychologue québécois Serge Marquis qui nous incite à « lâcher le riz » à travers une histoire de singes en Malaisie, c’est-à-dire à lâcher prise quand la situation semble sans issue. Serge, on ne va pas lâcher le riz tout de suite, crois-moi !

Un livre n’est pas un blog

Thomas nous a présenté l’ambition du livre et Quentin sa réalisation, de la genèse au BAT (bon à tirer). Le BAT acte la fin de cette phase d’ébullition, d’écriture et de relecture. Il est comme un billet sans retour pour un fichier numérique qui, par la magie du papier, de l’encre et des presses deviendra un objet physique, avec des reflets, une odeur, un toucher.

Par nos activités professionnelles, nous n’en sommes pas à notre première publication. Est-ce que cela nous a habitué à être moins excité à chaque sortie ? Pas du tout ! Et à être moins attentif à certains détails ? Encore moins…

Plus l’ouvrage est gros, moins l’erreur se verra pourrait-on penser… Faux !! Pas si vous avez créé, à travers ces nuits et ces week-ends de rédaction, une intelligence collective et symbiotique avec vos co-auteurs, à base de non-dits et compréhensions communes. Et cette intelligence se mue en vigilance implacable au moindre dérapage. Quand je relâche l’exigence par fatigue ou parce que je tente de sortir d’une impasse conceptuelle, l’un d’eux me questionne, m’aide, me rattrape. Pourquoi ?
 
 Sans doute parce qu’on tente de garder un cap, et comme sur un bateau, on « fait des quarts » pour rester alerte le plus long possible. Sans doute aussi parce qu’un livre n’est pas un blog. Cette permanence des mots et des idées encrées sur le papier est totale ; tout part ensuite directement dans les mains des lecteurs et dans un tiroir de la bibliothèque nationale. Il nous reste toujours la possibilité de faire une deuxième édition pour corriger une erreur, mais nous n’en sommes pas là…

Une écriture animée par le désir de « rendre service »

Le travail collectif a construit cette intelligence symbiotique en partie à base de non-dits. Cependant, l’ambition pédagogique de l’ouvrage était première, centrale et clairement exprimée entre nous. En effet, le livre doit « rendre service à nos publics ». La force de cette ambition vient d’après moi de la richesse et de la diversité des publics auxquels Quentin, Thomas et moi communiquons au quotidien.

Thomas s’adresse la plupart du temps à des étudiants, Quentin à des équipes internes et moi à des entreprises ou des acteurs du service public.

Nos activités étaient plurielles, de temps en temps, la roue tourne. Chacun d’entre nous s’adresse donc aussi au public premier des autres.

Et cette compréhension des différents publics, par chacun d’entre nous, a régulièrement motivé les échanges et les reprises de textes : « Penses-tu que ce paragraphe serait clair pour des étudiants en Master ? Et pour des entreprises qui initient un dispositif de prospective ? ». Je ne dis pas que nous avons toujours réussi à proposer le plus limpide et le plus clair possible des exposés, mais c’est au moins un cap que nous avons cherché à tenir. 

Des visuels (frameworks) au service de la compréhension prospective

Et pour consolider cette ambition pédagogique, il nous est apparu évident, au cours de l’écriture, d’ajouter des frameworks. Par framework, nous entendons tantôt matrice, grille de lecture, schéma, etc. C’est une représentation visuelle d’une idée, qui en facilite la communication et la compréhension ; nous avons pour habitude d’utiliser l’anglicisme framework, assez générique pour les nommer. Quels sont les principaux frameworks nécessaires pour comprendre et s’approprier la prospective aujourd’hui ? Rapidement, nous arrivons à une liste d’une vingtaine. Le travail qui se profile est conséquent : il faudra recréer tous les schémas pour harmoniser le style et les traduire de l’anglais au français pour la plupart. Chacun de ces frameworks donne lieu à des discussions sur leur pertinence, leur lien avec des chapitres.

Faites le test ! Ouvrez la page de votre moteur de recherche favori et tapez « foresight framework ». L’un des premiers proposé est le « cône des futurs » de Voros. Et pourtant, nous l’avons exclu du livre pour plusieurs raisons que nous détaillons dans celui-ci. (réponse dans une semaine 😉

Chercher, filtrer, sélectionner, expliciter, redesigner, intégrer (on croirait les paroles d’un morceau de Daftpunk).  À terme d’un travail de plusieurs semaines que nous avons pris entièrement à notre charge, nous intégrons 14 frameworks transverses et 11 frameworks dans des chapitres. Parmi cette sélection, il y a une création originale (FARO, Futures Assessments and Responses Outlook) et six sont issus de l’étude AnticipAction.

Par rapport à cette ambition pédagogique, on ne lâche rien ! 

Le framework FARO pour lier un événement et la capacité de réponse de l'organisation
Aperçu des 25 frameworks du livre "les coulisses du futur"

Le jusqu’au boutisme, à quoi bon ?

Cet engagement, cette abnégation, décuplés par rapport à d’autres productions que nous ayons pu faire (je saute ici l’étape des échanges avec l’éditeur), donnent à la fois une valeur et un sens à l’ouvrage.

Une valeur, parce qu’on a mis « tout ce qu’on avait » dans l’ouvrage : nos connaissances, nos expériences, nos personnalités. Et un sens. D’abord pour nous, mais aussi, on l’espère pour d’autres.

Pour donner à d’autres les « moyens de découvrir, pratiquer et s’approprier la prospective ».

On ne lâche rien
Extrait d'une conversation SMS au sein de l'équipe

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