Q354 · Les coulisses du futur : une oasis prospective

1 novembre 2026
7 mins de lecture

Une plume, trois complices

Nous avons conservé le « je » pour garder la spontanéité du récit, mais les envies et les espoirs exprimés ici sont partagés par les trois auteurs des Coulisses du futur. L’un a pris la plume, les deux autres se sont reconnus dans le paysage. Lequel a écrit cette version ? Et est-ce vraiment important ? Libre à vous de mener l’enquête… de notre côté, nous sommes déjà tous les trois les pieds dans la rizière !

Ce serait mentir que de prétendre qu’au cours des mois de rédaction des Coulisses du futur, je n’ai jamais rêvé à ce que le livre pourrait déclencher. Nous avions déjà fort à faire pour le terminer, mais cela n’empêchait pas nos idées de vagabonder librement.

Au fil de mes moments d’otium, une évidence s’est imposée : ce qui a porté l’Atelier depuis le début, ce n’est pas vraiment son site Internet, ses articles, ses podcasts ou ses PDF. Ce sont les ateliéristes qui les font vivre.

Les rencontres, les échanges inattendus, les amitiés et les collaborations : voilà le vrai terreau de l’aventure. Et c’est cette dimension humaine qui nourrit mes rêves les plus fous pour la suite.

En fermant les yeux pour chercher une image fidèle à ce ressenti, c’est une oasis qui m’est venue à l’esprit. J’en ai été le premier surpris. C’est vrai que cela m’évoque une sensation de fraîcheur, de refuge et de joie : où l’on se ressource, où l’on se rencontre et où l’on cultive.

On se ressource

Après des heures dans le désert, on demande simplement à une oasis : de l’eau, de l’ombre et un endroit où se reposer. Une fois désaltéré et reposé à l’abri du soleil on ne sait pas encore par où repartir, mais on retrouve l’envie de chercher. Et, pour la première fois depuis longtemps, on regarde l’horizon sans lui en vouloir.

On pourrait y venir avec une question précise ou une difficulté à surmonter. Pas nécessairement pour trouver une réponse définitive, mais pour découvrir d’autres façons de regarder le problème.

Le ressourcement serait autant intellectuel que méthodologique. D’un côté, des idées et des perspectives qui bousculeraient nos habitudes. De l’autre, des méthodes et des expériences qui donneraient les moyens d’essayer quelque chose. Il serait en effet dommage de repartir très inspiré, mais toujours aussi démuni devant la première question à traiter.

Les articles et les différents documents en libre accès nourriraient ces explorations. Les échanges avec les personnes qui ont pratiqué une méthode ou rencontré une difficulté permettraient d’aller plus loin. Une conversation permet d’expliquer ce qu’il faut faire et aussi de découvrir ce qui s’est passé quand personne n’a suivi la consigne.

Nous pourrions ainsi offrir de quoi apprendre, prendre du recul et permettre d’expérimenter.

On se rencontre

Une fois désaltéré, on découvre qu’on n’est pas le seul à s’être arrêté là. Quelqu’un connaît un passage, un autre sait lire les étoiles, un troisième raconte comment il s’est perdu. Son témoignage sera probablement très utile aussi. On échange, on compare les itinéraires et l’on découvre que ces inconnus pourraient devenir des compagnons de route.

Un PDF ou une URL peuvent contenir d’excellentes idées ; ils proposent rarement de prendre un café. C’est pourquoi la rencontre est essentielle (pas nécessairement le café).

Une question à explorer, une expérience à raconter ou une méthode à essayer pourraient suffire à réunir quelques personnes, en ligne ou autour d’une table. Des lecteurs, des praticiens, des curieux : le mélange nous intéresserait davantage que l’entre-soi. Quelqu’un qui découvre la prospective pourrait poser la question que les habitués ne pensent plus à soulever. Ces derniers pourraient, en retour, partager les difficultés que les débutants n’ont pas encore rencontrées.

La diversité des compétences est une richesse, tout comme notre dispersion géographique. Les membres de la communauté vivent dans des villes, des pays et des régions du monde différents. Plutôt que de chercher à tout ramener au même endroit, nous pourrions encourager des rencontres locales, puis partager ce qui en ressort. Une même question n’y susciterait probablement pas les mêmes discussions. Tant mieux !

En poussant le rêve un peu loin, je me suis même imaginé un « centre spirituel » mobile, situé au centre de gravité géographique de nos membres. Une sorte de pèlerinage prospectif annuel, sans dogme ni vérité révélée. Il faudrait toutefois vérifier que le point de rendez-vous ne tombe pas au milieu d’un océan. La prospective les pieds dans l’eau a ses limites, même dans le désert (là, je rigole tout seul en imaginant la situation du naufragé les pieds dans l’eau sur une île de sable au milieu du Pacifique).

Plus simplement, une rencontre annuelle pourrait changer de ville au gré des membres prêts à accueillir la communauté et naturellement des moyens disponibles. Nous aurions alors une bonne raison de découvrir d’autres lieux, d’autres pratiques et les personnes derrière les articles. Mais je m’égare… quoique.

Eh oui, la morphologie humaine et l'IA, tout un poème !

On cultive

Pour peu que l’on s’attarde, on commence aussi à regarder ce qui pousse autour. Là où l’on ne voyait qu’une halte providentielle, on découvre de l’eau, de la terre et des personnes qui savent quoi en faire. Et si l’on plantait quelque chose à son tour ? Il faudrait choisir les graines, leur trouver une place et apprendre auprès de ceux qui cultivent déjà. On était arrivé avec une gourde vide ; on se surprend à chercher un arrosoir.

Le livre a permis d’organiser les articles du site en trois parcours principaux. Mais ces parcours ne sont pas les seuls possibles. Depuis la fin de la rédaction, plus de cent nouveaux articles sont venus enrichir le site. En considérant 5 articles par parcours et 100 nouveaux articles, cela donne statistiquement plus de 75 millions de combinaisons différentes… de quoi s’amuser un moment, surtout que le site regorge de bien plus de ressources que cela !

Et si la prochaine récolte venait aussi de nouvelles façons d’associer ce qui pousse déjà ?

Un même article pourrait trouver sa place dans une initiation à la prospective, un atelier sur l’avenir d’un métier ou un cours consacré à la construction de scénarios. Selon les besoins, on ne retiendrait pas les mêmes lectures, on ne les aborderait pas dans le même ordre et on ne proposerait pas les mêmes exercices.

Cultiver consisterait donc à partir d’une question concrète, à sélectionner des ressources et à construire des parcours adaptés avec les personnes concernées. Il ne suffirait pas d’aligner des articles mais bien de proposer une progression incluant également des exercices et peut-être même de quoi comprendre les limites de la démarche.

De ces combinaisons pourraient naître des cours, des ateliers ou des services d’accompagnement. Il faudrait les essayer, recueillir les retours et les améliorer. Le libre accès aux ressources pourrait rester le socle commun, en distinguant clairement les éventuelles prestations rémunérées.

Ces initiatives pourraient être réalisées par des groupes de la communauté. Chacun pourrait proposer un assemblage, l’éprouver dans son contexte et partager ce qu’il en a appris. Y compris lorsque la récolte n’aurait pas été aussi abondante que prévu.

Notre oasis pourrait ainsi contribuer à faire reverdir un peu le désert : rendre la prospective plus accessible et donner à davantage de personnes les moyens de la pratiquer. Comprendre les méthodes, leurs hypothèses et leurs limites aiderait aussi à reconnaître les promesses douteuses. Il serait dommage de sortir de l’oasis pour acheter un mirage au premier marchand de prédictions.

Et concrètement, on commence par quoi ?

Très pragmatiquement, il n’est pas possible de tout lancer en même temps. Voici quelques possibilités à choisir et à tester avec celles et ceux qui auraient envie de monter à bord :

  1. Composer des parcours thématiques. Partir de besoins et réunir quelques articles, une méthode et un exercice pour y travailler.
  2. Organiser une rencontre pilote. Réunir en ligne ou sur place des lecteurs, des curieux et des praticiens autour d’une question ou d’un retour d’expérience.
  3. Tester un cours ou un accompagnement. Avec un petit groupe ou une organisation volontaire, mettre un parcours à l’épreuve, recueillir les retours et partager les enseignements.
  4. Soutenir les initiatives locales. Mettre en relation les membres volontaires pour proposer un atelier, une expérimentation ou un groupe de prospective dans leur région.
  5. Étudier la possibilité d’une rencontre annuelle itinérante. Identifier des personnes prêtes à accueillir la communauté, puis examiner ensemble les possibilités d’organisation, de déplacement et de financement.

Un premier essai permettrait déjà d’apprendre, et ensuite d’itérer, au gré des demandes, ou des saisons (sourire).

Finalement, ce qui pourrait émerger de tout cela serait une sorte de « pépinière de futurs ». Non, je vous rassure, nous n’allons pas changer de nom car une pépinière peut très bien naître dans un atelier ! Un endroit où chacun pourrait planter une graine, trouver de quoi la faire grandir et rencontrer des personnes avec qui tenter l’aventure.

Nous pourrions y planter du riz.

Et vous, que souhaiteriez-vous y voir pousser ?

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