Imaginer la défense de demain n’est pas une tâche facile dans un pays où la prévoyance est certes une vertu, mais où l’anticipation demeure une activité de niche. Ce défi, nous allons toutefois tenter de le relever avec ce projet axé sur l’avenir, non pas pour prédire l’imprévisible, mais pour nous permettre d’explorer l’inconnu avec méthode, curiosité et, admettons-le, une certaine dose d’audace.
Notre approche s’appuie sur une conviction simple: le futur n’est pas gravé dans le marbre. Il est possible de l’imaginer, de le concevoir et de le tester.
Pour mener ces tâches à bien, quoi de mieux que d’associer rigueur analytique, sensibilité artistique et un soupçon de folie créative? C’est dans ce contexte qu’intervient l’archéologie du futur telle que pensée par Markus Iofcea.
Elle propose notamment de commencer par rêver, puis de remonter le temps afin de déterminer les conditions nécessaires à la réalisation des différentes visions.
Concrètement, cette approche passe par plusieurs étapes: créer des artefacts du futur, étudier leur importance et leur usage et remonter le temps pour rechercher leurs origines plausibles. Il s’agit d’une sorte d’archéologie inversée, mais avec un regard porté vers l’avenir. En guise de guide, nous nous sommes appuyés sur la célèbre deuxième loi de Dator: «Toute idée utile sur l’avenir doit d’abord paraître ridicule.»
Nous avons délibérément décidé de ne pas éviter le ridicule, mais d’en tirer parti pour ouvrir de nouveaux horizons.
L’approche adoptée ici mêle ainsi spéculation et stratégie, imagination et technique. Elle permet de remettre en question des évidences, de déstabiliser des certitudes et surtout de réfléchir à l’avenir de manière moins stricte. Situé aux antipodes d’un exercice académique figé, ce travail cherche à susciter le débat, à éveiller la curiosité et, osons le dire, à inspirer.
En outre, nous avons décidé d’intégrer dans ces réflexions des éléments visuels et artistiques, non pas pour servir un but esthétique, mais pour inciter à la discussion. Là où un texte donne des informations, une image suscite des questions.
Là où un scénario apporte des explications, un artefact établit une projection. Les artefacts ne sont pas destinés à embellir la recherche prospective; ils représentent des futurs possibles et les incarnent. Ils donnent une forme tangible à des hypothèses initialement fragiles et permettent ensuite, comme pendant l’étude d’un objet, de discuter de perspectives d’avenir en les examinant sous plusieurs angles, en s’interrogeant dessus et en les remettant parfois en question.
La présente publication n’apporte pas de solutions toutes faites. Elle vise plutôt à ouvrir des espaces de réflexion inhabituels et elle propose des voies inattendues, des artefacts fascinants et parfois des scénarios surprenants qui soulèvent des questions essentielles. Si certains artefacts vous font sourire, c’est une bonne chose.
S’ils vous incitent à la réflexion, c’est encore mieux. Car c’est précisément là que réside le cœur du projet: déclencher des réflexions stratégiques sur la base d’impulsions créatives, afin de penser la défense suisse non seulement comme une réaction, mais aussi comme une projection.
Il ne tient plus qu’à vous de faire le tri entre ce qui fait écho en vous, ce qui vous dérange et ce qui pourrait, demain ou après-demain, nourrir une politique de sécurité plus imaginative, plus résiliante et, qui sait, plus prévoyante.
Mandant et rédaction: | Quentin Ladetto, dispositif de prospective d’armasuisse Science et technologies |
| Recherche, analyse et texte : | Markus Iofcea |
| Illustrations et photos: | Markus Iofcea |
| Identité visuelle et design graphique : | Markus Iofcea, avec l’assistance de Luc Legay et Quentin Ladetto |
| Date de publication : | Octobre 2025 |
| ISBN : | 978-3-907717-07-3 |
