Q337 · Les contre-tendances au service d’une prospective plus influente ?

30 juin 2026
4 mins de lecture
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Dans de nombreuses organisations, le plus grand défi ne consiste pas à produire des analyses prospectives, mais à amener les bonnes personnes à tenir compte des implications de ces analyses dans les décisions qu’elles prennent. 

On peut bien sûr blâmer des « systèmes défaillants » (prise de décision cloisonnée, avec un groupe chargé de la prospective et un autre de la prise de décision, etc.) ou d’autres problèmes (par exemple, « les implications du travail de prospective contredisent l’idéologie du gouvernement ou l’accord de coalition »), mais cela n’apporte rien. 

Notre travail consiste à avoir un impact. Plutôt que de souhaiter que l’organisation (ou les individus qui la composent) soit différente, il est plus judicieux de partir de la réalité telle qu’elle est.

C’est là que les contre-tendances pourraient s’avérer intéressantes.

Inspiré lors de la rédaction du document « Countertrends » →

Le terme « contre-tendances », du moins dans le sens où il est utilisé ici, a été inventé par Matthias Horx, Lena Papasabbas, Nina Pfuderer dans le livre « 15 Gegentrends – Wie die Zukunft ihre Richtung ändert ». Son utilisation et sa définition ont déjà pris une dimension propre. On peut distinguer trois types de contre-tendances : 

Les contre-tendances newtoniennes

Ces contre-tendances impliquent une force s’exerçant exactement dans la direction opposée à une tendance connue.

En effet, elles sont même créées en réaction à la tendance elle-même.

Par exemple, la tendance à la « mondialisation » a donné naissance à un « mouvement altermondialiste ». Au départ, celui-ci s’est manifesté par des émeutes lors du sommet de l’Organisation mondiale du commerce à Seattle, et par un agriculteur français qui a foncé avec son tracteur dans un McDonald’s. Plus récemment, il prend la forme d’un homme aux cheveux orange à la Maison Blanche qui impose des droits de douane à d’autres pays à la moindre occasion.

Les contre-tendances vectorielles

Ce sont des tendances distinctes qui évoluent de manière tangentielle à la tendance étudiée, mais qui entrent en collision avec celle-ci et provoquent ainsi un changement de direction de la tendance initiale.

Par exemple, le déclin démographique des pays industrialisés est prévu depuis longtemps. Mais la rapidité et la gravité de la récente baisse des taux de natalité sont également imputables à d’autres tendances qui s’y croisent, comme la diminution du nombre de jeunes formant des couples, elle-même influencée par une tendance marquée et très visible à une polarisation politique extrême au sein d’une partie importante de la population jeune, les jeunes hommes tendant vers l’extrême droite et les jeunes femmes vers l’extrême gauche.

Les contre-tendances d’essoufflement

Ces tendances surviennent simplement lorsqu’une tendance a fait son temps.

Bien qu’une tendance puisse simplement « s’essouffler » (rappelez-vous la vieille croyance selon laquelle l’OTAN devait « sortir de sa zone d’intervention, sous peine de disparaître ». Cette tendance semble bel et bien morte !), elle peut aussi avoir connu un tel succès qu’il ne lui reste plus aucun domaine où s’étendre !

Par exemple, les smartphones sont devenus un phénomène tellement courant dans la plupart des régions du monde qu’il est difficile d’imaginer comment ils pourraient encore se développer.

Les contre-tendances s’appuient sur les tendances. De nombreuses décisions sont prises en tenant compte, explicitement ou implicitement, des dernières tendances. Par exemple, on décide d’investir dans les dernières innovations en matière de guerre des drones, car l’utilisation et le succès des drones dans la guerre moderne apparait comme évident. 

Mais toute personne chargée de la prospective devra se poser la question suivante : cela va-t-il durer ? 

Plutôt que de contester un décideur sur ce point, il est sans doute beaucoup plus simple de déterminer quelles sont les hypothèses sous-jacentes à cette décision.

Policy Horizons Canada organise des sessions visant explicitement à mettre en lumière les hypothèses qui sous-tendent une décision, et c’est un très bon point de départ.

En effet, une fois les hypothèses mises sur la table, il est alors possible de demander au décideur : « Mais cette hypothèse reste-t-elle valable si cette tendance venait à changer ? »

Il est très probable qu’il se rende déjà compte lui-même qu’il existe une ou plusieurs contre-tendances ayant un impact sur la tendance qu’il évoque. Un prospectiviste pourra alors amener le décideur à vérifier si ses plans resteraient valables si cette contre-tendance venait à dominer ou à avoir un impact significatif sur la tendance existante.

 

cette hypothèse reste-t-elle valable si cette tendance venait à changer ?

 

L’objectif ne doit pas être de dire au décideur : « Ah ah, vous vous êtes trompé ». Mais plutôt : « Ne pourrions-nous pas modifier légèrement la décision, ou ajouter un autre élément à l’équation pour en faire une option plus solide ? » 

Par exemple, si l’on prend le cas de la tendance à la « guerre des drones », que se passerait-il si les tendances à la « guerre électronique » et aux « cyberattaques » devenaient si fortes que les drones puissent être piratés et systématiquement retournés contre leurs maîtres supposés ? Ne serait-il pas judicieux d’identifier également des moyens de dissimuler les combattants aux drones, tout en investissant dans ces derniers ?

Comme on peut le constater, l’avantage des contre-tendances réside dans le principe KISS : « keep it simple, stupid » (restez simple, idiot). Il n’est pas nécessaire de créer des scénarios complets sur les futurs, ce qui impliquerait des processus fastidieux.

Ces réflexions peuvent être mises en œuvre rapidement et simplement. Certes, elles nécessitent soit un accès au décideur, soit au moins une compréhension des hypothèses sur lesquelles il se fonde. En paralléle il faut avoir la capacité d’interagir avec le processus décisionnel, mais le coût en temps et en efforts de ce processus est réduit au minimum.

Et si les résultats portent leurs fruits, petit à petit, il sera peut-être possible de susciter un intérêt accru pour le travail de prospective stratégique chez les décideurs, à mesure que la pertinence de ce travail sera démontrée.

Et vous, qu’en pensez-vous ?
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