Comme l’établit déjà Aristote, le temps est un « divisible », mais dont les divisions n’existent pas : on doit bien lui supposer une certaine réalité puisqu’on le divise (entre des temps différentes: passé/présent/futur), mais force est aussi de reconnaître qu’aucune de ces divisions n’existe effectivement, l’ »être » ne convenant à aucun des trois : le futur n’ »est » pas encore, le passé n’ »est » plus et le présent, n’ »étant » que le point de passage du futur dans le passé, n’a lui-même pas d’extension ni non plus, par conséquent, d’existence. La réalité du temps est donc fatalement « obscure », conclut Aristote ; et chaque grande philosophie, en Europe, n’a pu faire autrement que d’en redéployer la question en vue d’éclairer à sa façon cette obscurité fascinante. Or cette question ne constituerait-elle pas d’emblée un impasse – « aporie » au sens propre – contre laquelle la pensée européenne s’est battue, jusqu’au sublime assurément, mais san jamais s’en sauver ?