Ne plus envisager, ne plus oser (la récession) est un symptôme typique des transformations silencieuses – dans sa capacité à manifester, symptôme fait entendre, suivant son étymologie, la dimension de ramification et de conjonction de l’enfoui ; indice, par contraste, la capacité à se détacher propre à ce qui se promeut en signe.

Ne plus oser (songer à) courir, se baigner dans la mer froide, est un symptôme de vieillissement-renoncement.

Ou c’est à ce qu’on n’envisage plus (ne conçoit plus) de dire à l’autre, qu’on garde peu à peu pour soi sans même qu’on y prenne garde, et qui retourne au silence, que se mesure, comme sur un baromètre, la baisse ambiante d’un amour en train de se dénouer.

Or, que se rétracte en nous l’énergie vitale, ou la confiance en l’autre, il n’y a guère là à attendre de signe positif, en plein, saillant, intéressant : il n’y a pas là événement mais érodement.

Un tel retrait ne s’affiche pas, et c’est tout le situationnel qui globalement s’y trouve impliqué : une accumulation ou sécrétion négative s’est épaissie ainsi de jour en jour qui dresse un mur de plus en plus opaque, massif bien qu’invisible, qui nous sépare peu à peu des anciens possibles et les fait indéfiniment reculer, puis les fait oublier.

Ce qui vaut aussi sur le plan politique. N’est-ce pas ce rétrécissement des possibles (qui fait qu’on n’ose plus, n’envisage plus et même ne s’étonne plus de ne plus oser) que devraient se préoccuper les dirigeants […] plutôt que d’invoquer telle ou telle cause de malaise assignable ?