Peut-on faire des transformations silencieuses un concept qui soit stratégique, et même à vocation politique ? Retourner ainsi la transformation silencieuse en concept de la conduite impliquera de penser, non seulement de que peut être, sur un mode antagoniste, une pratique de l’érosion et de l’épuisement graduel de l’adversaire ; mais aussi, plus généralement et de façon positive, ce que peut être une gestion par induction.

Plutôt que de prétendre projeter immédiatement son action sur le cours des choses et de l’y imposer, « induire », c’est savoir engager discrètement un processus, de loin, mais tel qu’il soit porté de lui-même à se développer ; et que, s’infiltrant dans la situation, il parvienne, peu à peu et sans même qu’on s’en rende compte, à silencieusement la transformer. Ce qui reviendra à envisager, face aux pouvoirs de la modélisation, dont nous connaissons les effets détonants dans la science et qui ont assuré le succès technique de l’Occident moderne, quel serait l’art de la maturation.