A tort, beaucoup d’officiers s’imaginent que les plus braves soldats se recrutent parmi les violents, les aventureux ou les apaches. j’ai toujours observé, au contraire, que ces brutaux résistent mal à tout danger un peu soutenu. Faire preuve de courage, c’est, pour le soldat, proprement faire son métier. Un honnête garçon a-t-il, dans la vie courante, coutume de remplir exactement sa tâche quotidienne : à l’établi, aux champs, derrière un comptoir et, oserais-je l’ajouter, à la table de travail de l’intellectuel ? Il continuera, tout naturellement, sous la bombe ou la mitraille, à s’acquitter, avec la même si plicité, du devoir du moment. Surtout, si, au besoin inné de la besogne consciencieusement accomplie, s’ajoute l’instinct collectif.