La société tout entière est menacée d’une transformation sous la contrainte combinée du changement du climatique et de la raréfaction des ressources naturelles. Cette transformation sera au choix subie ou choisie.
Evacuons d’entrée l’hypothèse conservatrice ou réactionnaire d’un retour à l’état « d’avant » ou d’un maintien d’une relative stabilité planétaire dans un scénario « business as usual ». A chaque crise, les acteurs économiques et politiques semblent attendre un « retour à la normale ». Il est clair que ce retour à la normale est dorénavant une illusion bien plus grande que l’hypothèse d’une profonde transformation.
Il est ici question d’imaginer deux chemins de transformation en assumant une part d’excès et par le moyen d’illustrations symboliques afin de rendre tangibles les signaux faibles assurément déjà présents dans notre quotidien. Il est évident que l’écoulement naturel des faits ne sera ni aussi terrible que la dystopie esquissée dans cet ouvrage ni aussi joyeusement angélique que l’utopie d’une transformation pilotée démocratiquement sans heurt ni fracas… Toutefois, l’exercice permet de dessiner les bornes de nos choix et d’en éclairer les conséquences possibles, principalement dans le champ de l’immobilier, de la ville et de la construction.
La démarche proposée ne saurait s’afficher comme un exercice prospectif ou prévisionniste, mais bien comme une création subjective, bizarrement tintée d’un dédoublement de personnalité. Le scénario utopique est assurément optimiste et joyeux en décrivant « les arbres qui poussent » ; Son alternative dystopique est tout autant sombre et anxieux face au spectacle « des forêts qui brûlent ».
La prospective répond à des règles méthodologiques bien précises et à un exercice de croisement de paramètres et d’hypothèses. En aucun cas ces deux scénarios du meilleur et du pire n’ont essayé de coller à ces principes méthodologiques. D’autant qu’il est fort à parier qu’au gré des contraintes politiques, économiques et physiques qui vont percuter la société, le réel saura emprunter les cinquante nuances de gris qui échappent au noir et blanc de cet ouvrage.
Enfin, par goût, je m’autorise quelques détours dans le domaine social ou politique. La ville et l’immobilier ne sont ou ne devraient être que la traduction physique des politiques publiques et des aspirations sociales. Il faut évidemment tenir compte de l’effet retard dû aux lents déploiements. Le tout s’enrichissant des choix individuels et des modes de vies que les habitants se choisissent, malgré toutes les politiques. Ces hypothèses ne reflètent pas un exercice de prévision mais une intuition, non documentée, des aspirations contradictoires du corps social, tantôt autoritaires, consuméristes ou parfois doucement décroissantes.
A travers le secteur de la construction et des dynamiques de nos territoires, ce sont aussi les modes de travail, de déplacement, d’alimentation et nos solidarités qui sont impliquées. Sans essayer de produire une cohérence homogène, un univers développé à l’image d’un auteur de science-fiction qui s’impose de construire un monde complet et cohérent.
La chronologie proposée assume volontiers les zones d’ombres, les angles inexplorés qu’un exercice plus long et plus méthodique aurait permis. C’est en effet dans un chapitre bien particulier de l’histoire du monde que s’écrit ce travail : guerre en Europe, Trumpisme, techno-féodalisme et résurgence des fascismes et populismes partout dans le monde. Ces excès viennent clairement colorer les récits proposés.
Le consensus scientifique quant à lui, menacé par un révisionnisme scientifique à l’Ouest comme à l’Est, établit l’urgence d’une réponse de l’humanité sur la question du climat et de la biodiversité. Mais chaque jour, le flot quotidien des informations semble continuer de nous éloigner de la balle…
La dystopie, comme forme de projection, s’est imposée après la lecture de Marine Le Pen présidente – dystopie politique 2026-2029. La forme permettant de libérer l’imagination et de rechercher des « possibles » plutôt que des faux « probables »…
Au contraire, pour me détacher des acteurs actuels, de l’actualité et d’une lecture excessive d’un sous-jacent politique, l’ouvrage prend le parti du temps long et d’une presbytie relative : nos trois séquences, volontairement détachées d’un agenda démocratique, seront :
- 2028-2035 : Les tendances s’affirment
- 2036-2042 : L’accélération de tout
- 2043 – 2050 : Quand vient l’addition
Sans m’être outillé d’autant de données initiales qu’un travail académique l’aurait demandé, j’essaye toutefois de faire débuter les trajectoires dessinées à partir de faits et de données réelles. A la suite, j’en propose une extrapolation ou une continuation.
Il s’agit de fonder les projections sur des données publiques ou des articles de presse présentant des « signaux faibles ». Ces inflexions du réel ou ces amorces de phénomènes seront ensuite poursuivies à gros traits dans la dystopie et l’utopie qui vont suivre. Il est toutefois possible qu’en réalité certains de ces signaux faibles ne soient que des bruits statistiques et ne se prolongent aucunement. Intégrons-le comme la belle incertitude du sport que constitue l’anticipation ! Quant à la vitesse de déclenchement et d’enchainement des conséquences, elle repose sur une conviction personnelle que nombre de ces mouvements de fond sont en fait amorcés depuis longtemps.
Il est clair que l’horizon 2050 est largement suffisant pour imaginer le meilleur comme le pire. Par ailleurs, les effets de propagation, la diffusion ultra-rapide des transformations technologiques et l’intrication planétaire de nos systèmes économiques laissent raisonnablement penser que l’effondrement ou le redressement s’opéreront globalement et rapidement s’ils doivent advenir.
Pourquoi cette séparation assumée des deux chemins ? Puisque le réel sera probablement une combinaison, dans le temps et dans l’espace…Un cocktail du meilleur et du pire pourquoi ne pas tout fusionner dans un seul récit ?
C’est parce que l’ambition de ce travail consiste à éclairer les choix collectifs. Notre société n’est plus à l’heure des « en même temps ». On ne pourra pas être à la fois low-tech et high-tech, on ne pourra pas à la fois réguler et déréguler, promettre la sobriété et la croissance, la ville et la campagne, une sorte de fromage & dessert permanent ! Je crois profondément qu’est venue l’heure des choix.
Le choix d’un modèle de développement et d’un projet social. Le discours faux d’une réduction non punitive de notre train de vie, d’une sobriété heureuse, d’une réserve naturelle de biodiversité mais dans laquelle on autorise le chalutage profond, de l’électrification d’un parc automobile avec des « bagnoles » de 2tonnes ! C’est administrer à la fois le remède et le poison ; cette médecine de docteur Knock nous a fait perdre trop de temps.
Je crois profondément qu’est venue l’heure des choix.
Sur le climat, Donald Trump a choisi la dérégulation négationniste et la Chine de Xi Jinping a choisi la planification souveraine non démocratique. Que va faire l’Europe ? La si jeune Europe politique sur ce « vieux continent » ?
A l’heure où j’écris ces lignes, nous sommes plusieurs à déprimer de voir le monde basculer du vert au kaki aussi rapidement. Il est largement possible que la conflictualité généralisée (Ukraine, Syrie, Liban, Israël, Turquie et peut être Groenland, Panama, Taiwan…) fasse planer sur cet ouvrage une ombre. Les méga feux, les canicules, les inondations, la disparition progressive de la ressource en eau ou la fonte accélérée des glaciers ne semble plus exister quand les bruits de bottes résonnent à nos frontières.
Je ne néglige pas l’importance du moment sur le plan diplomatique et sécuritaire. N’oublions pas que rater le défi climatique ne fera qu’amplifier le défi sécuritaire qui fait trembler les gouvernants.
Pour aborder ce livre biface, avec deux récits, deux couvertures et deux trajectoires sous une seule plume… Je vous propose la posologie suivante : commencez par avaler la potion amère de la dystopie pour adoucir ensuite votre esprit par le récit plus sucré d’une utopie constructive.
Probabilité vs possibilité ?
Je m’attache à discerner « probabilité » et « possibilité » qui viennent avec une égale saveur ponctuer ce récit lacunaire et inquiétant…
Dans les conversations, les termes « possibilité » et « probabilité » sont utilisés sans discernement dans le contexte de l’incertitude et des événements futurs. Ils ont pourtant des significations bien distinctes. La possibilité indique simplement que quelque chose peut arriver, sans quantifier à quel point cela est probable. La probabilité, quant à elle, est une mesure quantitative de cette possibilité qu’un événement se produise. Elle est généralement exprimée sous forme de pourcentage ou de fraction, allant de 0 (impossible) à 1 (certain).
S’il est peu probable que des bandes armées arrachent des toitures de zinc, que le pont de l’île de Ré s’effondre ou qu’un incendie majeur se propage sur l’ensemble de la Beauce, il est toutefois possible que surviennent des événements critiques largement dus directement ou indirectement au dérèglement climatique. Si ça n’est pas ceux décrits dans ce cauchemar, ils y ressembleront.
Qui aurait pu prédire… ?
… que les incendies de Los Angeles détruiraient plus de 150 km² et 16.000 constructions dans le pays le plus riche du monde ?
… qu’une zoonose viendrait propager un coronavirus et mettre à l’arrêt la planète entière ?
… que les conséquences de l’élection d’un populiste au Etats-Unis installeraient guerre commerciale généralisée, revendication du Groenland et dérégulation dans l’espace Européen ?
… que des états voisins dans l’Union Européenne se fasse un chantage aux réfugiés en massant des populations migrantes à leurs frontières pour faire pression sur les flux migratoires ?
Signaux faibles ou signes avant-coureurs ?
Dans ce cauchemar, rien n’est probable ou probabilisable mais tout est possible et donne à voir des signaux faibles et des signes avant-coureurs.
Il est amusant de terminer cette dystopie par une société du low-tech, poussée par la faim et la pénurie à une simplicité sociale et technique. Cette société post carbone, choisie ou subie pourrait prendre l’apparence d’une société préindustrielle reposant sur l’entraide locale, la compétence artisanale, la production avec une faible consommation de ressources et d’énergie aux fins de couvrir les besoins élémentaires. Cette société post chaos se dé-globalise et se désintermédie faute de pouvoir entretenir un système économique tel que nous le connaissons aujourd’hui.
Faire tenir la survie et la prospérité à la contribution effective de chacun au bien-être d’une communauté locale est idéaliste. Cependant, une société prédatrice des ressources et génératrice de sa propre complexité par la globalisation, que devient elle quand les ressources manquent et que la globalisation se réduit ?
Les savoirs faire manuels et agricoles risquent de valoir cher dans une société post apocalyptique. En reviendrons-nous à l’article premier de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 : « Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune » ?
Retrouvez l’intégralité de l’exercice dans mon ouvrage : La dernière Pierre, éditions BOD :
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