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Q105 – Expérimentations sonores : pour rendre la prospective plus accessible et actionnable ?

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Véritable laboratoire à l’interface de plusieurs disciplines, Technocast vise à expérimenter de nouvelles formes d’études statistiques, privilégiant l’immersion. Comme premier épisode, FantasI.A. est une expérience sonore interactive et prospective dans laquelle l’auditeur joue son propre rôle. Ensemble à  Noémie Aubron, Pamela Bellier, Matthieu Gioani et Romain Fenouil du collectif Le Coup d’Après nous vous proposons ici les réflexions prospectivistes ayant mené à cette réalisation.

La prospective est une matière analytique, qui appelle souvent à l’usage des mots, des chiffres et des graphiques pour décrire des conséquences plurielles d’un présent déjà complexe. Elle est aussi souvent associée à un exercice intellectuel et conceptuel, pas ou trop peu tourné vers l’action.

Pourtant, si, comme le soulève Marc Andreessen, “le problème du monde est de croiser la pensée à long terme et l’incertitude”, un des défis que la discipline doit relever est de réussir à mettre dans les mains de tous la capacité d’intégrer des scénarios à long terme et de donner les clés pour agir dans cette incertitude.

Rendre la prospective accessible et actionnable

La question de l’accessibilité de la prospective au plus grand nombre est un sujet qui commence peu à peu à s’imposer. Elle est souvent le corollaire d’une réflexion autour du renouveau des imaginaires. Mais le constat est assez unanime : face à l’inertie de notre société, on ne sait plus imaginer demain, et il faut se former à la littératie des futurs.

Comme le raconte William Gibson : “J’ai grandi devant une télé en bois en 1953 on entendait souvent. Le XXIème siècle arrive. Combien de fois entendez-vous parler du XXIIème siècle. On ne parle jamais du XXIIème siècle. Nous n’avons plus de futur en ce sens où nous n’avons plus ce genre d’anticipation culturelle”. L’idée n’est pas de prévoir l’avenir, mais bien de s’y préparer, tout en adoptant une forme d’agilité (voire d’anti-fragilité) vis-à-vis de ces futurs possibles. On peut même aller plus loin en se demandant si nous n’avons pas l’occasion de rendre la prospective actionnable, dans un contexte où, même si l’on a conscience, par exemple, de l’imminence de l’urgence climatique, modifier nos comportements est très compliqué à l’échelle individuelle et collective et requiert une vraie volonté de changement.

On peut même aller encore plus loin en se demandant si nous n’avons pas un devoir d’action et de planification une fois le travail de prospective effectué, car une vision sans un plan d’action est simplement une hallucination. Les futurs imaginés sont cependant complexes et nécessitent pour leur réalisation l’interaction d’un nombre important d’acteurs.
De ce point de vue, il est important d’imaginer des formats qui mettent donc dans les mains du plus grand nombre, les brèches ouvertes par la prospective. Seulement de cette façon il sera possible de partager, à l’échelle d’un pays, d’une entreprise, familiale ou individuelle, non plus une hallucination collective, mais bel et bien la construction d’une feuille de route pour la concrétisation de la vision.

L’idée n’est pas de prévoir l’avenir, mais bien de s’y préparer, tout en adoptant une forme d’agilité (voire d’anti-fragilité) vis-à-vis de ces futurs possibles.

Articuler émotionnel et rationnel

Dans cette perspective, la prospective serait un outil au service d’une approche transdisciplinaire dont l’objectif est d’éveiller sur les futurs possibles et de rendre l’action possible. Si l’effet recherché est de capter l’attention de personnes non expertes, la fiction, i.e. le récit, dans toute sa dimension divertissante, est un levier intéressant à actionner. Elle permet notamment de faire appel dans un premier temps à notre imaginaire et à nos émotions, et ainsi nous interpeller en tant qu’êtres humains avant tout. La fiction crée un univers dans lequel se projeter, et dans lequel les éléments prospectifs prennent naturellement vie, tout en laissant la place à l’imaginaire pour compléter ce qui n’est pas explicité.

Si l’on s’inspire de certaines théories du changement, il faudra également parler à notre esprit rationnel : “Pour changer les comportements, il faut guider le Cavalier, motiver l’Éléphant, et dessiner le chemin”. Les lecteurs de Chip Heath auront reconnu l’allusion au Cavalier, notre esprit rationnel qui a besoin de clarté, et à l’Éléphant qui est notre motivation émotionnelle. Ainsi, complétée par des éléments d’analyse factuels afin de l’alimenter, la fiction pourrait alors nourrir les esprits pour se forger des convictions, en adhésion ou en rejet, voire les pousser à l’action.

Expérimentations interactives sonores

La fiction commence à trouver sa place au gré des expérimentations dans le champ de la prospective. Dans nos derniers travaux, nous avons tenté d’intégrer deux nouvelles variables : un univers sonore et une dimension interactive.

L’hypothèse nous ayant guidé vers le sonore est sa capacité d’immersion très forte, en stimulation immédiate de l’imaginaire, tout en permettant de recréer une ambiance avec des sons, des voix et des mots, qui sont un champ d’exploration fascinant pour la prospective.

Mais en fictionnalisant la prospective, on se rend compte que l’on soulève un nouveau défi : chaque personne aura désormais sa propre représentation de ce qui lui est conté. Il faudra trouver un moyen de récupérer cette richesse fictionnelle afin de ne pas la laisser s’évanouir et disparaître à la fin de l’histoire.

La dimension interactive de la fiction permet aussi une immersion renforcée, mais pour d’autres raisons. Le lecteur devient joueur, et les décisions qu’il prend jouent un rôle dans le déroulement de l’histoire. Il prend alors conscience des conséquences de ses décisions, ce qui est une autre manière d’aborder la systémique de la prospective, plus ludique et maniable par tous.

Et vous, qu’en pensez-vous ?

Vivez l’expérience Fantasia et dites-nous ce que vous en pensez !

Noémie Aubron est la créatrice de la newsletter La Mutante. Elle y explore les futurs possibles sous forme de récits fictionnels. Cette projection du temps long alimente tous les projets d’innovation qu’elle accompagne dans leur conception et leur lancement.

Pamela Bellier s’intéresse à la prospective sous l’angle de l’écologie et de la RSE. Le design fiction lui sert de levier pour aller au-delà de la compréhension des enjeux, et passer à l’action en scénarisant les futurs les plus résilients possibles.

Matthieu Gioani, designer, consultant innovation et facilitateur, cherche à rendre le futur plus désirable et réjouissant par l’accompagnement de projets innovants dans de nombreux secteurs. Il enseigne à l’Ecole de Design de Nantes et accompagne les projets prospectifs sur les usages et technologies émergentes.

Romain Fenouil ne compte pas seulement sur son nom rigolo pour donner le sourire. Angoissé par le futur, il cherche à en construire un radieux en accompagnant des projets à impact positif dans différents secteurs. Il est convaincu que nous pouvons tou·te·s à notre échelle influencer le futur.

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